Voilà
une matière dont nous parlons peu et pourtant qui est au centre de
nos existences depuis plus de 2500 ans et les débuts de l'âge du
Bronze. Son utilité a petit à petit évolué car d'un très bon
conducteur de chaleur et un très bon alliage, il se révèle aussi
un très bon conducteur électrique à un point tel qu'il est très
difficilement substituable.
Cette
question est d'ailleurs au cœur de notre société actuellement
puisqu'avec la « transition énergétique » qui se
traduit d'ailleurs par une électrification progressive de notre
quotidien et le développement des technologies de l'information et
des télécommunications la demande de cuivre explose.
Des
milliers de tonnes nécessaires au début du XIXe, nous allons devoir
produire dans les environs de 30 millions de tonnes par an pour
répondre à la demande mondiale. Il faut dire que la transition est
gourmande en matière première. Une voiture électrique contient 4
fois plus de cuivre qu'une voiture à hydrocarbure, et l'impact
environnementale de la naissance du véhicule à sa destruction ne
serait pas aussi significatif qu'il a été affirmé.
Tout
cela fait que le marché du cuivre est tendu et une différence
demande/offre n'est pas à exclure. Sans compter, que l'exploitation
minière pour avoir ces minerais est fortement consommatrice d'eau et
a un impact certain sur l'environnement et la planète. Certains
mettent en avant un bon taux de recyclage du cuivre qui couvrirait
environ 30 % de la demande mondiale.
Alors,
nous posons la question, va-t-on vers un nouvel âge d'or du cuivre ?
Une société qui se définit par les métaux qu'elle utilise. Mais,
surtout en avons-nous la capacité ? Un monde tout électrique
et virtuel est-il possible ? Est-il soutenable ? La
dématérialisation montre une plus grande dépendance à la matière
que les sociétés dites matérielle ?
Nous
sommes pieds et poings liés à la technologie, à l'information, à
la communication qui participent à l'ensemble d'actes quotidiens
comme simplement aller acheter du pain.... mais ce modèle est-il
véritablement écologique ?
La
question de sa soutenabilité est donc plus que jamais d'actualité
comme elle est posée dans le cadre de La Maison des Ressources
Naturelles et des Savoirs Locaux.
Voilà
un sujet que j'aborde peu sur mon blog et pourtant un onglet lui est
consacré : le dessin. Je dessine tous les jours, de 10 minutes
à 10 heures sans interruption, tout dépend des jours et de ma
motivation.
J'ai
repris le dessin en 2011 et la peinture en 2013 pour mes enfants,
pour leur passer quelque chose de moi d'où ma signature de
Pierre-et-Julien.
Et
puis, j'ai beaucoup dessiné la nuit pour couvrir mes insomnies, le
jour pour meubler ma journée et l'ennui qui pouvait m'envahir.
Jusqu'au
jour où tout c'est arrêté, je n'ai plus eu goût au dessin, j'ai
refusé cette spirale de l'ennui, du vide à combler, de dessiner
faute de faire autre chose, de dessiner par dépit. J'ai donc posé
les crayons, les feutres et les peintures durant des mois, plus rien,
plus un dessin.
Quand
un jour, j'ai repris une feuille, un crayon de papier et j'ai fait un
dessin, non plus pour combler l'ennui, non plus pour plaire à telle
ou telle personne, pour être aimé, admiré, mais simplement parce
que j'avais envie de le faire, envie de tracer des lignes, de donner
naissance à des expressions et une situation, créer parce que j'en
avais envie.
Aujourd'hui,
bien des détails ont changé, le mouvement appelle à ne garder que
l'essentiel de ce que nous souhaitons, nous concentrer sur cet
essentiel car le temps file très vite, et comprendre
que cette envie nous appartient.
Intéressant
de voir comment depuis quelques temps de grandes sociétés des
nouvelles technologies, de l'Internet et de l'automobile accusent le
télétravail d'être responsable du ralentissement de l'innovation
de leur entreprise. Sur ce constat, beaucoup d'entre elles ont déjà
appelé les salariés à revenir au bureau. Certains même développent
un pessimisme économique pour le futur. Sauf, que tous ces acteurs
influents de l'économie, ont tous oublié un détail, c'est que nous
sommes en train d'entrer dans des économies à pénurie aléatoire.
Et nombres d'entre elles ont déjà eu à cause de ce phénomène des
ralentissements de production et des reports de commandes.
Les
études transversales sur ce phénomène sont peu nombreuses, et
comme je l'ai déjà expliqué, elles sont essentiellement
sectorielles. A ce titre, elles ne donnent qu'une vision partielle du
phénomène. Néanmoins, et dans l'attente que je puisse un jour
réunir les moyens institutionnels pour mieux appréhender les
mutations actuelles et éviter ainsi une pensée « néo-tayloriste »
fort peu explicative, nous savons que les économies à pénurie
aléatoire ralentissent constamment l'innovation.
A
ceci des primo-explications ont déjà été apporté dans le fait
notamment que les pénuries changent profondément la nature d'un
marché et le rapport entre les acheteurs et les vendeurs, ces
derniers n'ont plus à conquérir la clientèle qui peut attendre dès
fois des mois avant d'avoir l'objet en question. Tout ralentit et ce
changement profond y compris de la nature de l'échange modifie de
fait la nature de la nécessité d'innover.
Ceci
est d'autant plus marqué dans le domaine de l'automobile qui pour
des raisons tant liées aux politiques climatiques, environnementales
de lutte contre les pollutions, de situation internationale et de
difficultés d'approvisionnement de certaines matières premières se
trouvent contraint de changer et de remplacer la quasi totalité du
parc automobile mondial. Le marché est immense et les moyens
limités, d'autant plus que l'ensemble des constructeurs ont décidé
à brève échéance de passer au tout électrique et « tout
plastique », si je peux m'exprimer ainsi (avec l'objectif d'alléger le poids des
véhicules et d'éviter des matières tels que l'acier qui se raréfie
sur les marchés pour des raisons très diverses). Or, si le fait de
construire des voitures électriques pouvaient être un point
distinctif entre les constructeurs, celui-ci va forcément
disparaître puisqu'ils feront tous de l'électrique. Nous devrions
donc voir apparaître un marché monocorde et où la seule
possibilité de se démarquer était l'innovation, or nous sommes en
économie à pénurie aléatoire.
Ce
système va pousser les États à vouloir intervenir de plus en plus,
de vouloir planifier de plus en plus et à vouloir centraliser de
plus en plus, et c'est précisément ces décisions qui vont
accélérer les pénuries et entretenir le phénomène.
Je
ne peux que reformuler la nécessité d'étudier ce phénomène avec
ceux qui ont déjà une expertise, mais qui pour des raisons diverses
ne sont pas aux premières loges.
Rappel de mon projet de recherche
Les Objectifs sont :
Étudier et comprendre les phénomènes de pénuries dans tous ses aspects
pour élaborer des stratégies d’adaptation face aux nouvelles menaces ;
Établir une veille pour prémunir et prévenir les phénomènes de
pénuries ;
Élaborer des outils économiques et monétaires pour amortir les différentes
formes de pénuries et aider à l’orientation des investissements.
Nous
entrons dans une économie de « pénuries aléatoires »,
c'est-à-dire que notre système économique connaît des pénuries
de biens alimentaires, de matières premières, de produits
industriels, manufacturés, voire de services et de mains d’œuvre
d'une façon aléatoire, qui peut apparaître « n'importe où »,
sans ordre de grandeur ni en importance, ni dans le temps, de façon
non-absolue et qui touchent tous ces domaines sans forcément de
signes préalables, qui peut donc être soudain pour le grand public,
et dont le phénomène est plus subit qu'anticipé. Ce phénomène
sans aucun doute appellerait une étude pour le comprendre à
laquelle je suis prêt de m'associer pour la conduire, mais aucune
institution n'a visiblement pour l'instant pris la mesure du
phénomène et de son impact sur les logiques économiques.
Pour
ma part, j'écris ce petit billet dans le cadre de ma spécialité de
l'économie des ressources naturelles et de l'environnement, car il
est certain qu'une économie de « pénuries aléatoires »
a des conséquences sur le mode de fonctionnement de notre société.
Je
peux en évoquer brièvement quelques uns. La première est que dans
la mesure où nous ne connaissons pas le produit ou le service qui
sera touché par la pénurie, tous les produits et tous les services
sont susceptibles d'être le prochain sur la liste. Nous entrons donc
dans une phase d'incertitude.
Cette
incertitude est d'autant plus redoutée car elle peut être
l'occasion de retard dans la mise en place de projet, et donc de
pertes financières certaines.
La
« pénurie aléatoire » indique aussi qu'elle n'est que
rarement totale. Ce phénomène a une conséquence importance car il
signifie que les acteurs économiques vont essayer de trouver le bien
ou le service manquant avant d'en imaginer une substitution. La
pénurie entraîne donc que l'acheteur sera soumis au vendeur. Ce
dernier n'a plus d'effort pour aller chercher le client qui lui
prendra de toutes les façons le produit manquant dès sa réception.
Ce
mécanisme est un véritable frein à l'innovation. Les économies de
« pénuries aléatoires » sont souvent dans l'histoire
des économies où l'innovation est faible, et la recherche de
nouveaux marchés peu dynamiques.
Cet
état de fait entraîne la sphère politique à centraliser les
décisions, à vouloir mettre en place des systèmes de planification
alors que ces mécanismes ont pour premières conséquences
d'entretenir la pénurie, nous entrons donc dans une économie de la
subvention, de la hiérarchie administrative. Plus nous voudrons
contrôler et plus le phénomène de la pénurie perdurera car nous
ne laisserons pas les populations développer et imaginer de
nouvelles formes économiques, et donc de nouveau choix de
développement et orientations sociétales.
Souvent
le phénomène de pénurie est lié directement au mode de société
que nous organisons, c'est souvent un appel à changer nos concepts
et notre façon de faire. Se demander où est l'essentiel et
l'objectif de notre avancer dans le temps.
Je
ne peux que souhaiter que quelque part une institution comprendra
l'importance d'une telle étude sans quoi nous continuerons à subir
au lieu d'imaginer des solutions.
Disons
les choses simplement : la pénurie ne concerne pas que
l'essence et les matières premières, tous les secteurs peuvent
faire l'objet de pénurie, et cette dernière peut- être en effet
réelle, voulue, subite ou fantasmée, mais dans tous les cas, elle
nous apprend beaucoup sur l'état de notre société d'une façon
brute.
L'un
des secteurs touché par les pénuries sont les ressources humaines,
chose d'autant plus étrange que nous sommes des sociétés
productrices de chômage, alors comment s'y reconnaître ? D'un
côté nous pouvons lire un peu partout qu'il manque du personnel
dans les métiers en tension et de l'autre nous ne comptons plus le
nombre incessant de personnes au chômage que l'on refuse à l'emploi.
Cette situation a de quoi surprendre d'autant plus que lorsqu'un
chômeur se présente à l'un de ses emplois, il a souvent un
« défaut » qui justifie le fait que l'on ne l'embauche
pas, y aurait-il une forme d’hypocrisie dans ce système ou
y-a-t-il une véritable incompatibilité entre les offres et les
demandes ?
Le
fait qui semble indubitable est qu'il y a forcément quelque chose
qui ne va pas autant dans notre façon d'aborder la question des
pénuries de ressources humaines que la façon de les solutionner.
Loin de moi l'envie de donner une solution dans cet article, juste
l'idée de dire que « nous avons peut-être tout faux »
et qu'il serait bien de se le dire car, quand vous abordez la
question avec les « spécialistes », nous avons
l'impression qu'ils ont la solution à tout et que le système a tout
prévu, mais la preuve que « non » puisque tout s'empire.
En
plus, cette situation est expliquée secteur par secteur, nous
laissant le sentiment que ce phénomène est conjoncturel, alors en
s'implantant dans la durée, il devient forcément structurel et
révèle au contraire des faiblesses, voire des incapacités, du
système.
Le
cas des urgences hospitalières est véritablement le symbole d'un
pays qui s'appauvrit devant nos yeux sans que personne ne réagisse
d'autant plus que dans cette situation là il y a aussi la question
de la rupture des savoirs.
En
effet, dans les travaux à haute connaissance, ce n'est pas
simplement un emploi qui n'est pas occupé, c'est un agent possédant
un savoir qui est absent et qui ne fait plus le lien de la
connaissance, le passage au suivant qui un jour devra prendre sa
place. Ces ruptures sont d'autant plus graves que rien aujourd'hui ne
les compense. Dans un premier temps, elles ne touchent que les
usagers immédiats, mais se diffusent lentement jusqu'à concerner
l'ensemble des classes sociales.
Le
cas des urgences cache bien d'autres problèmes puisque nous parlons
de services où de par l'obligation vaccinale une partie du personnel
a été écarté, partie qui fait défaut aujourd’hui, mais aussi a
découragé bien des jeunes à vouloir s'engager dans cette voie.
Il
y a donc un double déficit : lié à l'état présent, et à
l'état futur ; à ceci il faudrait ajouter ceux aussi qui
fuient un système devenu de plus en plus lourd et pesant à mesure
que la masse de travail va devenir importante par personne restante,
une spirale c'est donc mise en route et rien dans l'immédiat semble
pouvoir l'arrêter.
Cette
« mésembauche » de personnels a de quoi surprendre vue
les causes, est-elle le symbole d'un secteur en difficulté ou d'un
secteur qui organise sa réduction de moyen volontairement ?
Y-a-t-il une stratégie de faire autant avec moins par manque de
moyens financiers ? Car, toutes ces questions ne sont que très
rarement posées, nous faisons comme si nous possédions une infinité
de moyens, mais est-ce le cas ? Puisque si cet aspect se
révélait juste, alors le manque de ressources humaines, serait bien
avant tout le symbole d'une société qui ne peut plus payer autant
qu'avant, une société qui s'appauvrit.
Alors,
je sais que ce sont des questions qui font mal, surtout pour nous qui
avons eu l'habitude de l'économie d'abondance, mais ce que nous
apprend l'histoire est que lorsque des plans de gestion et de
planification des ressources sont mit en place, c'est que nous
commençons à entrer dans des économies de pénuries. Il serait
donc urgent de se poser la question si nous avons vraiment les
solutions pour y faire face ?
Nous
ne le dirons jamais assez, dans cette situation seule la souplesse et
l'adaptabilité seront salvatrices, ceci demandera de quitter un
pouvoir vertical et de réglementations qui empêchent les agents de
terrain de répondre à la situation.
D'abord,
à me répéter, la pénurie ne concerne pas seulement l'énergie et
l'alimentation. Il est vrai que lorsque couramment nous entendons
parler de pénurie, immédiatement ce sont ces deux sujets qui
apparaissent, mais c'est une erreur couramment commise.
La
pénurie est un concept multiforme et complexe qui s'applique à des
situations très différentes et qui induit surtout des comportements
d'anticipation.
L'idée
couramment admise est que nous vivons dans une société d'abondance,
alors l'idée même que nous pourrions vivre à nouveau des pénuries
est une peur en arrière fond de notre société, ce serait
véritablement un retour en arrière.
Rien
que l'évocation de ce thème fait fuir les économistes. Ils
répondent tous en cœur « mais non ce n'est pas possible, il
n'y a pas lieu de s'inquiéter ».
Parler
des pénuries n'a pas pour vocation de nous inquiéter car, comme
nous l'avons écrit et dit, la pénurie n'est que très rarement
totale, elle est le plus souvent partielle et momentanée, nous
devrions d'ailleurs dans de nombreuses situations plutôt parler de
manque.
Concept
multiforme car il touche tous les domaines matériels de fait, de
services, de mains d’œuvre et même d'argent y compris dans sa
quantité que dans sa circulation.
Nous
l'avons encore vu sa puissance avec l'histoire du gaz russe où les
européens costauds, bombant le torse, ont du au final accepter la
nouvelle exigence de payer en rouble par peur de ne plus pouvoir
accéder à cette énergie et paralyser tout leur système productif.
Sur
un autre sujet, nous avons vu comment rien que l'idée ou la rumeur
qui manquera de l'huile alimentaire a amené les consommateurs à
faire des stocks et créer une pénurie d'huile alimentaire dans les
grandes surfaces. Ce qui est notable aussi est que ce manque a
surtout touché l'huile bon marché et donc les circuits longs ;
la pénurie s'observe moins, voire pas du tout, dans les circuits
courts ou hauts de gamme. Ceci nous informe aussi sur la couche
sociale qui est touchée par ces phénomènes.
La
pénurie ne triche pas, ne ment pas, et s'impose à nous s'en
ménagement, même quand elle est seulement imaginée ou redoutée ;
là est sa force, c'est le retour à la réalité.
Car,
la pénurie parle des dépendances, des fragilités d'un système,
des vrais rapports de forces, nous ne pouvons plus tricher avec ce
sujet. Elle remet même en cause la théorie de la croissance verte,
des nouvelles technologies et du monde virtuel quand nous
comprenons que plus de 3 milliards de personnes dans le monde n'ont
pas accès à l'électricité d'une façon continue.
C'est
certainement la raison principale que les économistes ont des
difficultés à aborder cette question contrairement à d'autres
scientifiques sociologues, philosophes ou anthropologues car elle
remet en cause l'ensemble de notre système et de nos théories.
Alors
que c'est précisément cet objectif qui devrait nous enthousiasmer,
il nous donne à devoir renouveler notre appareil théorique,
remettre en cause les lois que nous croyons acquises et comprendre
que l'avenir se passe au-delà du triste débat croissance/
décroissance.
Il
nous appartient donc de continuer l'étude de ce sujet même si
aucune institution ne souhaite visiblement en faire un sujet d'étude,
la connaissance ne doit pas souffrir de ces peurs et frilosités, car
nous devons absolument connaître les mécanismes de ce phénomène.
L'erreur
est de croire que le sujet de la pénurie ne s'applique qu'à des
sujets purement matériels, or la pénurie est un concept complexe et
éclaté. La pénurie peut être autant totale que partielle, réelle
ou vécue comme imaginaire, faire l'objet autant d'une rumeur qu'avoir
une vraie conséquence sur les marchés. Cette dernière implique
aussi que la pénurie peut avoir une forme financière, ne concerner
que la production d'argent ou plus simplement sa distribution, son
échange et le fonctionnement élémentaire d'une économie. C'est la
raison pour laquelle contrairement à ce que nous pouvons entendre
couramment, il est important d'étudier la pénurie dans la totalité
de ses formes car elles ont de fait et de par cette description une
conséquence tant sur les marchés financiers que sur
l'environnement.
Dans
les propos qui suivent, nous nous limiterons à une réflexion
liminaire concernant la logique de marché et pourquoi approfondir la
question des pénuries devient un véritable enjeu dans les
différents investissements.
En
effet, selon la description que nous en faisons l'appréhension d'une
pénurie peut avoir des conséquences bien avant sa venue, elle
intime des réactions avant même que celle-ci n'est eu vraiment
lieue, elle implique donc des changements des différents acteurs sur
la construction qui se font des pénuries matérielles qu'ils
imaginent.
Différents
discours se croisent alors forcément entre ceux qui sont alarmants
et d'autres qui seront plus rassurants, mais dans tous les cas, selon
la domination des uns et des autres, créeront leur réalité, voire
leur bulle. Puisque c'est peut-être l'un des enseignements de
l'étude des pénuries, elles gèrent par bulles spéculatives et
selon la peur des marchés, nous ne sommes plus dans l'étude
rationnelle.
Quand
l'idée de pénurie s'installe, elle entraîne de fait un
réajustement du marché et des phénomènes d'inflation. C'est
pourquoi qu'elle soit réelle ou supposée, la pénurie aura de
toutes les façons une influence.
Les
devancer et surtout adapter notre société à un phénomène duquel
nous nous croyons protégé, demande de mieux connaître leur
mécanisme, c'est aussi la raison de cette étude sur le lien entre
la monnaie et les différentes formes de pénurie car, là aussi,
contrairement à ce que nous entendons trop souvent, la monnaie n'est
pas neutre et peut être aussi touchée par des phénomènes de
pénurie, soit en fonction des prix ou même de l'attractivité du
territoire lorsqu'une monnaie est surévaluée et condamne les
productions locales et leur compétitivité.
L'histoire,
l'économie, le droit, l'anthropologie politique mais aussi les
sciences biologiques et physiques devraient nous aider à comprendre
des phénomènes qui ont et auront de plus en plus d'impacts sur les
marchés.
Suite
au premier tour de l’élection présidentielle française de 2022,
une explication revenait souvent sur les réseaux sociaux, comme quoi ce serait les « boomers » qui seraient devenus la base de
l'électorat du Président sortant. Pour appuyer cette théorie, une
étude affirme que près de 40 % des votants avaient 65 ans et plus.
Sur
Twitter, j'ai reçu un graphique qui détaille le vote par âge, et
que ne fut pas ma surprise. D'abord, si 40 % des votants pour le
président sortant ont plus de 65 ans, cela signifie aussi que 60 %
des plus de 65 ans n'ont pas voté pour lui, soit une majorité
d'entre eux, en suite, cela signifie aussi que l'électorat du
président sortant n'est pas que boomers.
Je
me suis intéressé aux autres tranches d'âge de ce document, et que
voit-on ?
Chez
les moins de 24 ans, il est arrivé en deuxième position, il est
aussi en deuxième position chez les 35-49 ans, et enfin, chose plus
surprenante à première vue, il est en deuxième position aussi chez
les 50-64 ans avec 25 % alors même qu'il a déclaré qu'il allait
prolonger le départ de l'âge de la retraite, et c'est la classe
directement concernée par cette mesure.
Or,
un tel graphique a l'inconvénient de mélanger toutes les catégories
socio-professionnelles et de revenus.Il y a pourtant une grande
différence entre un ouvrier de 60 ans et un cadre ou haut
fonctionnaire du même âge. Si l'un ne se voit pas travailler plus
longtemps, l'autre n'y voit peut-être pas tant inconvénient car,
son centre d'intérêt n'est pas le même.
Lorsqu'on
apprend que la grande majorité de l'électorat du président sortant
gagne plus de 3000 euros par mois, les chiffres de l'âge commencent
à être relativisés.
Les
pourcentages que nous voyons, comme souvent en France, ont une
réalité socio-économique, ils correspondent à la classe moyenne –
moyenne supérieure, celle qui a un petit capital, fortement
individualiste, dont une bonne partie adhère au libéralisme et à sa promesse de
bonheur matériel, bonheur matériel qui devient une source de
liberté en lieu et place de la liberté politique, celle qui est
généralement pro-européenne, qui rêve de pouvoir passer dans la
classe supérieure. Elle craint de sortir de l'euro car, elle croit
qu'il garantirait son épargne, qui la protège, même si cette idée
est plus de l'ordre de la croyance que de la vérité dans le sens où
l'euro étant une monnaie internationale s'appliquant sur plusieurs
pays au niveau économique très différent coûte très cher aux
territoires où cette monnaie devrait être dévaluée, et la France
fait partie de ces territoires.
Or,
c'est certainement cela que nous apprend finalement ce graphique,
derrière ce vote, quel qu'en soit la véracité, c'est un combat de
classe, entre ceux qui voyant le bateau couler ont déjà pris les
radeaux, et ceux qui s'accrochent au mat croyant le capitaine, que
tant qu'ils gardent le même cap, l'inondation les épargnera.
C'est
pour cette raison que la guerre des générations n'aura pas lieu
car, c'est bien le portefeuille qui est en jeu dans cette histoire,
et comme de plus en plus de personnes commencent à avoir les pieds
dans l'eau, mais visiblement pas suffisamment, on attend que le
bateau coule pour comprendre qu'être attaché au mat ne sert à
rien.
Contrairement
à ce que nous pouvons entendre couramment dans les médias de
grande écoute, il n'y a pas un souverainisme, mais plusieurs
souverainismes, et contrairement à ce que là aussi nous entendons,
il n'est pas l'exclusivité de la droite, il existe aussi un
souverainisme de gauche, bien évidemment dans la mesure que nous
attribuons de la valeur à la division droite/gauche, étant entendu
que si elle ne rend pas compte des mutations actuelles du champ
politique, elle est encore largement utilisée et va de fait facilité
la compréhension de notre propos.
Car,
en lieu et place de l'étude des souverainismes à notre époque, il
est préférable de revenir un temps en arrière en une période
d'histoire que j'avais déjà rencontré au cours de mon premier
doctorat : 1936-1946. L'objectif n'étant pas d'être exhaustif
dans la manifestations des souverainismes dans toutes leurs nuances,
mais d'en dégager essentiellement trois.
Cette
période prolixe en manifestations politiques des pouvoirs les a peu
de chose près tous connus, et c'est en ce sens que y revenir en une
si courte période, nous permet d'observer ces manifestations du
pouvoir rangées dans les archives de l'histoire bien que toujours
actuelles.
La
première manifestation du souverainisme en 1936 a été une réponse
à celui de la droite. Le front Populaire qui dure de 1936 à 1938 a
été quoiqu'on en dise une forme de souverainisme, c'est-à-dire un
moment où la nation décide souverainement de son destin, et à ce
moment précis, c'est bien du souverainisme de gauche, celui qui se
compose alors avec le peuple ouvrier qui se lève. Il ne dure que
brièvement et retombe finalement assez vite, mais il marque cette
fierté du peuple dans la conquête des droits qui bien évidemment
désarçonne les grands propriétaires et industriels, mais qui ont
marqué un moment de véritable réunion. Ce souverainisme-là a une
certaine difficulté à perdurer, et des alliances plus classiques,
centrales dans l'échiquier politique y mettent fin dès 1938.
Le
second souverainisme, dont nous allons parler, s'exprime en 1940
alors même que la guerre est déclarée, c'est celui qui donne
naissance au gouvernement de Vichy qui va mettre à sa tête le
Maréchal Pétain largement soutenue par la classe politique de
l'époque, y compris d'une bonne partie de la gauche, et peut-être
même de la population. Ce souverainisme met en avant les couleurs de
la patrie, des valeurs de travail, de la famille dans ses discours.
Nous disons dans les discours car si dans un sens ces valeurs sont
prônées et que l'autorité se doit d'être affirmée par le
contrôle, il en va autrement dans la réalité où la patrie est
divisée physiquement en zone libre et zone occupée, le STO (travail
obligatoire) pousse les jeunes à entrer en résistance et les
familles, de par la guerre, sont séparées. Mais, l'élément
notable de ce souverainisme se marque avec la recherche d'un ennemi
intérieur, il y a les bons et les mauvais français, il devient donc
impératif de lutter contre ces travers pour pouvoir établir une
nouvelle Révolution Nationale qui donnera naissance à un nouvel
homme. C'est la raison pour laquelle dans ce souverainisme, il est
possible de chanter la gloire au couleur de la nation et se soumettre
à un occupant, voire à en souhaiter la victoire, car la guerre
n'est pas à l'extérieur du territoire, elle est à l'intérieur
contre les traîtres et les étrangers à la nation.
A
ce souverainisme, le Général de Gaulle répond que la guerre qui
s'abat sur notre sol en 1940 est mondiale, et par cet acte marque
l'existence de fait d'un troisième souverainisme qui se veut
indépendant, qui proclame l'unité d'une nation, sa grandeur et
surtout que l'ennemi est à l'extérieur. Il faut donc combattre cet
ennemi commun car la France est une unité libre et qu'elle n'est
elle-même que quand elle est unifiée et libre. C'est aussi la
raison pour laquelle nous disons que la division droite/gauche a ses
limites dans ce cas précis puisque tant le souverainisme vichyste
que le souverainisme gaullien (et non pas gaulliste) trouve dans leur
rang tant des membres issus de la droite que de la gauche, la guerre
faisant souvent comme en son habitude sauter les convictions de
groupe pour nous ramener à notre conscience personnelle.
La
première remarque de ce court propos est qu'il existe bien
évidemment d'autres manifestations du souverainisme en France et que
ces souverainismes se déplacent dans l'espace passant de droite à
gauche, se jouant des hommes et des événements.
La
deuxième remarque est comme vous pouvez le remarquer qu'il n'y a pas
de correspondance stricte entre souverainisme et indépendance, qu'il
est parfaitement possible d'adhérer à un souverainisme est être
soumis à un autre État ou une structure supranationale.
Troisièmement
qu'il est important de ne pas confondre les souverainismes qui
cherchent leurs ennemis et la raison de leur combat dans un ennemi
intérieur, et les souverainismes qui au contraire placent l'ennemi de
fait à l'extérieur, condition
de l'unité de la nation indépendante.
Et
enfin quatrièmement remarque, qu'il existe bien un souverainisme
social et du peuple qui peut lutter pour sa condition et en parallèle
à la gloire de son pays, voire de tous les pays.
Pour
conclure, dire que la question souverainiste est une question
complexe, pleine de nuances, qui peut porter à la confusion du fait
que nous voyons le drapeau national, car il peut de fait avoir des
sens très différents suivant qui le porte. Et contrairement là
aussi à tout ce que nous entendons, tous ces héritages sont encore
bien vivants, ainsi va le sens de l'histoire.