Il y a des époques où vouloir rester "neutre" c'est aussi choisir un champ.
Tout le monde a un jour entendu le discours de Miguel de Unamuno : "Parfois se taire est mentir. Car le silence peut être interprété comme
une approbation ".
Cette phrase résonne en nous comme une forme d'éternité.
C'est pourquoi, je souhaitais partager avec vous un passage que j'avais rédigé dans le résumé libre de ma thèse en 2020 : "L’État Multipolaire" qui rejoint en de nombreux points cette pensée :
"Il
y a des époques où se cacher derrière sa fonction, son statut, son uniforme
n’est plus possible car, les évènements touchent aux choses fondamentales de la
société. Ne rien dire sous prétexte que l’on fait son travail, c’est
indirectement les approuver. Aussi dure que soit les choix, il y a des moments,
fort peu nombreux heureusement, où il faut choisir un camps, et ne pas faire ce
choix, laisser le courant passer ou faire la politique de l’autruche, nous rend
en fin de parcours complice malgré nous d’un pouvoir devenu sans limite qui
marche en roue libre.
C’est
ce fait du choix que nous a appris le XIXe siècle, et c’est ce qu’est aussi en
train de nous apprendre le début du XXIe, face à des structures étatiques
incontrôlables, y obéir c’est en être complice car, il n’existe aucune règle,
aucune loi, aucun décret qui peut être supérieur au vivant, comme à titre
d’exemple le « droit de respirer ». Le vivant prime sur tout.
Nous
connaissons en ce début de XXIe siècle l’avènement d’un État central qui
cherche la totalité, qui à défaut de partager la souveraineté avec le peuple, a
préféré rationaliser son organisation et comme un « monstre froid »
cherche à tout contrôler et tout dévorer, même si ce fait est impossible,
infaisable, qu’il annonce sa perte et celle de notre société."
" Confronté
à l’autorité de plus en plus pesante de la « Grande intendance »,
sorte de pouvoir administratif ultra centralisé, les habitants d’Êtresseul
n’ont plus pour avenir que le contrôle technologique de leur quotidien. Dans
cette ambiance suspicieuse apparait une lumière.
Une légende raconte que les
hommes peuvent retrouver un avenir libre inspiré de leur imagination s’ils
rétablissent un lien entre la Terre et son double magique.
Pour réaliser cette
opération, une procession d’un Calice magique doit être menée par un descendant
de « l’inconnu Savant ». Un « inconnu » qui avait tout
retranscrit dans un manuscrit vivant et capricieux : La légende de
Képernaon.
Sauf, qu’un être démoniaque, Égo, qui se nourrit du désir de
puissance des hommes, de leur colère et leur jalousie, espère briser le Calice
pour que, sans imagination, les hommes finissent par se détruire
eux-mêmes."
Képernaon, la véritable histoire d'Odelin Tess est un récit qui a pour objectif de concentrer l'ensemble du monde imaginaire que j'ai créé à travers les écrits comme les dessins.
Il y a la volonté d'aborder par le récit des thématiques que nous avons rendu "tabou" dans les réflexions en sciences sociales comme l'importance de l'imaginaire ou la capacité des hommes à modifier leur futur.
Écrasé par des médias très "prophétiques", qui va du "c'est comme ça" à "nous n'y pouvons rien", nous acceptons un état de fait qui est pourtant loin d'être évident.
Le final de cette histoire s'est voulu magistral et magique quand les catacombes de notre destin retrouve la lumière. Certainement une allégorie de la foi, puissance intérieure qui arrive à vaincre par le miracle.
Ce miracle quotidien et non pas exceptionnel, que l'on ne voit plus par force de s'y habituer et pourtant qui tient dans une pensée, un regard, un évènement quelconque....
Lorsque nous regardons l'actualité et que nous prenons un peu de hauteur, nous nous apercevons que le contrôle de notre quotidien par la technique et la technologie est autant le fait de structures supranationales que d'entités nationales, que cette avancée est irréversible et personne ne semble avoir les moyens d'y contre venir.
Pourtant, elle appelle directement à notre capacité de libre choix, du droit de vivre avec technologie ou du choix de vivre sans. Là se situe la liberté.
C'est pourquoi, j'ai mis en place une initiative sur mon blog de dessin https://pierreetjulien.blogspot.com pour vous proposer des histoires où le dessin est réalisé exclusivement à la main.
C'est par toutes ces petites initiatives d'auteurs, même de ceux qui ne sont pas édités que nous rétablirons l'idée simple de la liberté de choisir.
Contrairement à l’information
diffusée dans la presse grand publique et les velléités de certains de nos
dirigeants et personnels politiques de mettre en avant l’idée de la guerre et
des menaces d’attaques, nous observons plutôt depuis plusieurs décennies
comment nos États ayant eu pour modèle la caserne et l’armée, confrontés au
pacifisme, arrivent à un tournant de leur évolution et sont au pied du mur de
devoir en sortir et abandonner ce modèle. L’État - Caserne arrive à un moment
charnière de son existence qui annonce, contrairement aux désirs des
gouvernants, sa disparition. Nous entrons de façon irréversible dans un autre
mode D’État, comme l’avait certainement décrit Léon Duguit, il y a presque un
siècle maintenant, qui ne décidera plus de la vie et la mort de ses populations
en les envoyant sur des fronts de guerre, mais devra composé avec une paix
obligatoire. Nous nous expliquons.
L’argument de la guerre est
certainement le plus vieil argument pour justifier des levées fiscales.
Rappelez-vous, dans l’ancienne France, nos rois et nos seigneurs menaient des
guerres pour agrandir leur domaine, agréger des territoires et capter leurs
ressources. Ils menaient aussi des pillages pour financer les hommes en armes
et à cheval. Ce sera d’ailleurs pour entretenir des troupes permanentes que les
premiers impôts permanents seront institués. Oui, la guerre, ou même tout
simplement l’idée d’une menace ou d’un conflit, a toujours été un moyen commode
de justifier la création de taxe.
L'impôt et la recherche de fond se réalisent aussi par la levée d'hommes le moins onéreux possible, et c'est en ce sens par exemple que le Directoire (1795-1799) va créer par la loi Jourdan-Delbrel en 1798, une première forme d'obligation militaire. L'objectif n'est en rien le renforcement de l'idée de Nation, mais surtout la possibilité de lever des hommes pour la campagne d'Italie dont l'objectif était de capter les richesses pour combler le déficit budgétaire. Les résultats d'ailleurs sur ce plan seront très moyens. L'idée de lien armée / nation nait dans les années 70 pour contrecarrer le mouvement des objecteurs de consciences et les vagues pacifistes.
Ainsi, cette logique que nous décrivons pour
l’ancienne France alors que l’État prenait juste forme, ou la France post-révolutionnaire à la recherche d'une nouvelle légitimité , se vérifie aussi
dans des époques plus récentes et modernes. Ce sera l’histoire de l’impôt sur
le revenu.
Cet impôt fit débat tout au long du XIXe siècle. Il faudra attendre
l’arrivée du premier conflit mondial et la demande de financer l’effort de
guerre pour voir sa création en 1914. Dans cette conséquence, ce prélèvement
qui ne devait être que momentané va, comme il est souvent de coutume en matière
fiscale, perdurer dans le temps jusqu’à notre époque actuelle. Fort est donc à
parier, que les créations d’impôts, de taxes, les prélèvements qui seront créer
dans notre époque moderne pour couvrir un effort momentané d’armement perdurera
dans le temps, accentuant d’autant plus une fragilité budgétaire d’État
surendetté et de population pressurisée déjà à plus de 44% en moyenne de leur
revenu, le taux le plus élevé jamais atteint.
Le modèle de la caserne
s’imposa donc d’autant plus facilement en France que les deux principaux
fondateurs de nos Institutions sont deux militaires. Le premier est Napoléon 1er
qui est à l’origine de la plupart de nos Institutions (Préfectures, Conseil d’État, Cours des Comptes, Banque de France, instauration d’un Sénat, le code
civil charpente encore notre organisation juridique). Il a aussi du fait de sa
gestion réussi à imposer un centralisme absolu, rêve jamais atteint par aucun
roi. Son emprunte sur notre architecture, les arcs de triomphe, les ponts,
voies de circulation, l’organisation des garnisons est indéniable. L’impact de
Napoléon 1er sur notre société actuelle est encore considérable,
mais il est notable comment la parenthèse qu’il a ouverte tente aujourd’hui à
devoir se refermer quand nous observons la crise que vit la plupart des
Institutions qu’il a créées. Des Institutions qui cherchent aujourd’hui une
nouvelle base doctrinale.
Le second militaire qui a
influencé durablement nos Institutions est le Général de Gaulle, père de la Ve
République, qui est encore le régime en fonction actuellement. La gestion du
pouvoir exécutif y est fortement protégée et décisive. Ce régime connait
d’ailleurs au même moment que les Institutions napoléonienne une perte de
vitesse, une quête de sens et recherche une nouvelle base doctrinale. La crise
est si profonde qu’une partie de la classe politique commence à appeler au vote
d’une VIe République.
Mais, l’influence de l’armée
dans notre société ne s’arrête pas ici. Nous possédons dans notre Constitution
par exemple la possibilité de l’Etat de siège, c’est-à-dire le passage de
l’autorité politique à une autorité militaire. Nous possédons aussi la
possibilité de décréter la mobilisation générale, c’est-à-dire que l’Etat
mobilise l’ensemble des moyens humains et matériels de façon autoritaire.
Rappelez-vous durant la période de l’état d’urgence sanitaire, le conseil de
défense, organe militaire, était le point à partir duquel de nombreuses
décisions étaient prises sans rendre de compte à aucune Institution.
Nous pourrions d’ailleurs sans
difficulté faire un parallèle avec la société du bas-empire romain (environ 235
après J.C) où une forme de société de caste y régissait. Nous savons qu’en
France, la mobilité sociale est en berne, faisant que la société de classe se
bloque et prend des accents de société de caste tant sur la fixation et
l’hérédité des positions sociales que sur la hiérarchisation. Ce dernier élément
est également une valeur centrale dans l’organisation militaire. Ainsi, dans ce
bas empire romain, comme l’écrit Gilbert Hanard dans son Droit Romain, publié
en 1997 : « La fonction publique se hiérarchise sur le modèle de
l’armée, le reste de la société sur celui du fonctionnariat »[1]. Il y a donc comme un jeu
de domino où un modèle se duplique de façon continue.
Ce modèle de société basé sur
l’armée et la caserne aurait pu durer encore très longtemps, même s’il y eut
des critiques sur les institutions qui ont tenté de s’y écarter de façon toute
relative. On note par exemple la critique en 1940 de l’école accusée par le
régime de Vichy d’être à l’origine de la défaite (voir mon ouvrage sur le sujet
Appréhender l’inconnu). Mais, cette critique au regard de l’époque et de
l’origine demande à être fortement relativisée car, au contraire, l’école dans
ses techniques et méthodes conserve à bien des égards le modèle de la caserne,
critique d’ailleurs d’un nombre croissant de mouvements pédagogiques (depuis Freinet).
Ce modèle a du faire face à un changement majeure : l’entrée dans l’aire
nucléaire.
L’apparition de la bombe atomique,
et le fait d’en avoir doté la France, a changé profondément notre société. En
effet, les pays possédant la bombe, qui sont aussi les pays qui possèdent une
influence sur l’ensemble de la planète, sont aujourd’hui dans l’impossibilité
de se faire la guerre sans le risque d’un conflit thermonucléaire dévastateur,
non seulement pour les deux pays qui s’affronteraient, mais aussi pour
l’ensemble de la planète.
Il y a donc non seulement
l’impossibilité de se faire la guerre, mais par voie de conséquence aussi
l’obligation de se faire la paix. Ce deuxième aspect a été fortement négligé
par les analystes car c’est lui qui va modifier profondément notre société à la
faisant entrer dans un pacifisme obligatoire.
Là où avant les États
pouvaient avoir un droit de « vie et de mort » sur leur population,
notamment en les envoyant à la guerre, « se faire tuer pour la
patrie », ou dans un style plus péjoratif « être de la chair à
canon », expression qui se développe en évoquant les tranchés de 14-18, nous
avons un nouvel axiome qui s’amplifie dans l’idée que « tout le monde a le
droit de vivre ». Ce nouvel axe est véritablement nouveau puisque
traditionnellement dans l’histoire les États étaient peu soucieux d’envoyer à
la mort leurs populations. Regardez par exemple l’argument du président
américain pour justifier la nécessité de cesser la guerre en Ukraine : des
millions de jeunes meurent chaque jour. Cet argument est vraiment nouveau et
met bien en avant ce nouvel axiome du « tout le monde a le droit de
vivre », parce que si tout le monde a le droit de vivre » de quel droit,
aussi puissant que je sois, je condamnerai à mort des jeunes à mort en les
envoyant au front.
Petit à petit depuis les
casernes ont quitté notre espace urbain. Elles ont été désaffectées et vendues
pour en faire des logements, centres culturels ou commerces. Les deux exemples
à Bordeaux de la Caserne Niel et de Santé Naval sont à ce titre très parlant.
Le premier est devenu l’espace Darwin, un espace alternatif et culturel, et
l’autre essentiellement des logements. Les exemples pourraient sans aucun doute
se multiplier. Le résultat est que la caserne n’est plus un modèle de société
et l’armée d’organisation, le ministère de la défense n’est plus l’arche sacré,
un État dans l’État, il est devenu un ministère comme les autres avec une
mission très spécifique (voir mon texte Les armées, une autorité civile particulière).
Cet abandon du modèle
militaire se perçoit jusque dans les mouvements sociaux qui de plus en plus
veulent se structurer sans leader ou chef, rejetant d’ailleurs aussi souvent la
classe politique, dans la peur que l’on trahisse leur parole, se condamnant il
est vrai à ne pas incarner leurs revendications et d’être absent politiquement.
Cet absence permet notamment au pouvoir de développer son agenda de réformes
sans avoir à tenir compte des revendications de la population. Nous avons donc
des structures de pouvoir de plus en plus minoritaires, basées sur un modèle
d’autorité qui ne correspond plus aux aspirations des populations transformées
par un pacifisme obligatoire, et auquel personne ne peut déroger. De ce fait,
les populations poussent dans leur vote, leur expression, leur mouvement à une
transformation de l’État pour passer d’un État commandeur, gestionnaire de
l’intérêt général attaché à sa vision de la société à un État, coordinateur du
bien commun, « bien » qui appartient à tout le monde et dont chacun
peut défendre et revendiquer. L’État devrait aller vers une forme co-gestionnaire
des services publiques avec la population, perdant de fait son statut
d’autorité sans partage.
D’ailleurs, nous avons vu qu’État et fiscalité sont liés, il est presque certain que nous connaitrons
une réforme fiscale qui visera précisément le fait d’allouer plus directement
la fiscalité aux services publiques. Nous devrions connaitre une forte remise
en cause du principe d’universalité du budget.
Pour conclure, je crois
surtout que dans cette évolution les peuples ne cherchent plus la guerre, s’ils
ne l’ont même peut-être jamais cherchée, mais il recherche la paix,
c’est-à-dire un monde où tout le monde a le droit de vivre.
[1] G. Hanard,
Droit Romain, tome 1, notions de base – concept de droit, sujet de droit,
Facultés Universitaires, Saint-Louis, 1997.
Est-ce que le déficit est une réalité pour une population dont le pays a accès à l'emprunt?
Est-ce que lorsque nous évoquons le "déficit" cette notion leur parle ou a un sens pour eux?
Je n'en suis pas certain au regard des réactions, je ne suis en effet pas certain que lorsque nous disons que si la France n'emprunte pas sur les marchés elle ne peut pas boucler son budget, soit véritablement cru.
Beaucoup pense, et peut-être à juste titre, lorsque nous entendons les sommes vertigineuses des dépenses étatiques, qu'il y aurait de l'argent, et qu'il y en aurait même beaucoup.
Le sentiment qui ressort de cette appréhension et que derrière ces questions de budget, il y aurait un traquenard.
Pourtant, aussi difficile que cette réalité puisse paraître les comptes de l’État sont bel et bien au rouge. Nous empruntons bien l'équivalent de quatre mois de budget.
Face à cette réalité, la tentation est d'appliquer à la France un plan d’assainissement des finances publiques, et bien évidemment la "bête noire" des économistes reste et demeure les "dépenses sociales", sauf qu'en ce domaine, la part la plus importante des dépenses sociales ne dépend pas tant de l'imposition, mais des cotisations. Ces dépenses sont donc essentiellement du "salaire différé".
Dans le passé, les tentations ont été grandes de faire financer aux prestations sociales, les politiques de l’État en matière tant du travail que sociale.
Car, contrairement à ce qui est souvent évoqué, nous ne vivons pas la crise de 29, et donc il n'y a pas besoin d'un énième plan de relance puisque ce que nous vivons, est une crise de la surproduction.
En relançant la production sur un système qui produit déjà trop, nous ne faisons qu'aggraver la situation. Cette crise de la surproduction évoque surtout un monde qui mute, qui change en autre chose et dont nous serions inspirés d'accompagner son éclosion.
Mais, comment cette question peu prise au sérieux au moment où j'écris pourrait-elle réveiller une population largement endormie par le mouvement incessant des courtes vidéos qui défilent devant leurs yeux?
Tant que les salaires tombent, que la voiture roule, que l'alimentation est bien ranger sur les étagères des supermarchés, comment donner une réalité à cette idée de dette et la nécessité de muter nos économies en un quelque chose de moins vorace et de plus juste?