mardi 8 février 2022

Jeu, loisir et libéralisme

Issu d'un texte écrit en 2004, "La société de jeu" est une étude que j'ai mené quand j'étudiais au MNHN à Paris, je voulais mettre en avant cet extrait où en étudiant le jeu total, je mets à jour le fait qu'une société néo-libérale entraine vers des formes d’État totalisant ou "totalitaire". 

+ Deux vidéos en fin d'article

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Notons que la notion de jeu qui dépend souvent de la notion d’amusement a profondément changé suivant les siècles. Ainsi quand nous disons que nous sommes une époque où nous jouons le plus, nous commettons manifestement une erreur dans l’interprétation des phénomènes ludiques. Notre époque n’est pas celle où nous jouons le plus, et d’ailleurs il serait illusoire d’avoir la prétention d’établir un palmarès. La différence c’est que notre époque a établi des institutions qui sont bâties sur le mode du jeu. Seulement, là où d’autres sociétés ont des jeux pour maintenir leurs institutions, chez nous, le maintien est l’objet même de nos institutions. Ceci se manifeste entre autre dans l’obsession de la croissance, d’un surplus perpétuel.

“La quantité de travail (par personne) croit avec l’évolution cependant que décroît corrélativement la quantité de loisir”1, pour l’unique raison que ce loisir (jeu pour nous dans ce texte) a son principe inscrit dans notre mode d’existence.

Sans y calquer le système trifonctionnel indoeuropéen, nous pouvons remarquer qu’un monde où tout fonctionne sur le mode du jeu, obéît à ce que G. Dumézil écrit sur la troisième fonction :

Cela tient à la matière de cette fonction centrée en effet autour de la notion de prospérité matérielle des individus, des familles, des sociétés : elle a autant de facette que cette prospérité comporte d’éléments, qui, eux-mêmes, entraînent avec eux leurs conditions et leurs conséquences.2

D’où l’importance de l’économie qui apparaît comme la condition, non en dernière instance, mais préalable à l’existence du modèle libéral. Ce modèle à pour objectif de substituer à la guerre entre nation la guerre économique transnationale qui semblait une garante de paix civile. Or, les libéraux n’ont pas déplacé la guerre, ils l’ont étendue.

Nous ne sommes pas sortis des sociétés guerrières. Au lieu de se cantonner au seul champ de bataille, la guerre est devenue totale, elle concerne l’ensemble de la société. Or, qui dit guerre dit aussi administration totale, surveillance totale, État exacerbé dans cette obsession de guerre économique. Ainsi, il y a un paradoxe : là où les libéraux ont souhaité ne pas avoir de hasard et tout contrôler pour établir la paix, ils ne contrôlent plus rien dans la mesure où ils ont reproduit sur l’ensemble de la société le mode du jeu qui a pour premier principe leur propre maintien.

Pour résumer, là où les libéraux par une administration exacerbée ont voulu tout contrôler (par la procédure) et voué un monde à l’économie, ils ont bâti un monde incertain voué à une stimulation perpétuelle et destructrice. Leur maintien est leur surplus et leur croissance.

“L’État contre la société”, c’est en ces termes que Bernanos3 qualifiait cette excroissance de l’administration. Il est toujours intéressant de noter que Pierre Clastre qualifiera les sociétés qui ne possédaient pas d’État de “société contre l’État”. Dans le schéma de “l’État contre la société”, les institutions soumissent à l’économie de croissance et de rentabilité, développent leurs jeux en eux-mêmes, alors que dans le système de la “société contre l’État”, les liens étant bâtis dans la collectivité et refusant l’oppression, les jeux ne sont pas dans les institutions, mais réagissent pour les maintenir.

Dans le premier cas, les jeux ont leur fin en eux même alors que dans le second cas, ils sont les moyens au maintien global du groupe. C’est ici qu’il ne faut pas se tromper et tomber dans le leurre que la société libérale aurait remplacé les coutumes qui existaient avant elles dans la mesure où les jeux et notamment ceux d’argent et de hasard (loto...) ne reproduisent pas la logique marchande, mais dépendent toujours des personnes qui les pratiquent. Nous l’évoquerons un peu plus loin, mais les jeux apparaissent aussi comme un mouvement de contestation au libéralisme en utilisant son propre vice. Les jeux stimulent et insistent à la vente, au gain et à la croissance. Or, c’est précisément ceci que cherche le libéral de façon perpétuelle. La contestation prend souvent les chemins qui ne peuvent pas être réprimé. Il ne faut pas croire que les cultures du monde entier meurent en silence. Le jeu se glisse partout et ne peut être arrêté, il prend toutes les formes. A ce titre, un parallélisme du genre : jeu violent = violent, traduit souvent l’un des parallélismes les plus erronés et des plus trompeur.>>

1Marshall Salhins, Âge de pierre, âge d’abondance, l’économie des sociétés primitives, Paris, éd. Gallimard, 1976 trad.

2Georges Dumézil, p.167, Entretien avec D. Éribon, Paris, Folio, 1987.

3Georges Bernanos, p.228, Français si vous saviez ..., Paris, Folio, 1995.


<< Voir le texte intégral : La Société de Jeu >>

 

Je joins à cet article une vidéo sur le sujet sur un "État totalisant", 




Du Global au local

Issu d'un texte écrit en 2004, La société de jeu est une étude que j'ai mené quand j'étudiais au MNHN à Paris, je voulais mettre en avant cet extrait sur la comparaison entre la Bourse et le Jeu.

<< Il se distingue un système qui part d’un schéma global pour aller vers le local, c’est-à-dire la même solution est appliquée à des situations différentes, et d’autre part, un schéma qui part du local pour aller vers le global, c’est-à-dire que c’est des différentes expériences empiriques de notre réalité et notre entourage que se déduisent des principes généraux. Dans le premier schéma, il y a une assimilation du jeu et de la réalité. Si ce schéma veut produire du jeu, il doit devenir jeu lui-même. A titre d’illustration, la Bourse, système global, ne peut obtenir un encrage local que par une traduction de ses activités sous forme de jeu. Dans ce cas, jeu et réalité ne font qu’un. Il en est donc bien autrement du second schéma où le jeu se distingue nettement du quotidien. Dans ce cas, le schéma va d’une expression locale à un constat global. Le jeu, dans ce schéma, n’a pas pour fin lui-même dans le sens où il n’a pas pour but son propre maintien, mais il doit conserver l’action, le corps, le groupe duquel il réagit. Le jeu devient ici frivole et le quotidien sérieux.

Le jeu apparaît comme le lien de l’existence sociale. Dans les deux schémas, le jeu est le lien, sauf que dans le premier il est intégré et donc devient une fin, alors que dans le second schéma, il est dissocié et apparaît comme un moyen à l’expression et au maintien du groupe social. Il en va sans dire que sont présentés ici deux schémas pour faire comprendre des différences entre deux tendances. Nous refusons par là tout modèle fixe du jeu. Il n’en reste pas moins que l’expression : “ceci n’est pas un jeu”, trahi souvent des esprits bien plus rigides que mon analyse. La structuration d’une pensée est donc bien une question vitale.

Ainsi, nous voyons que tout oppose l’économie locale à la Bourse. En ce sens, la Bourse (dont le vocabulaire évoque le jeu) est tout l’inverse des jeux de hasard. Dans les lotos, par exemple, les critères mis en avant sont la collectivité, la dépendance et la générosité. Que nous prenions le loto, inventé par Casanova, ou le Bingo Inuit, ou encore la Quine en Gironde qui demeure très différents pour un jeu fort semblable, les trois principes sont respectés (dépendance, générosité, collectivité). Dans le loto à l’époque de Casanova la curiosité et l’enthousiasme animaient les salles; pour la Bingo Inuit, les salles communales pleines à craquer, les personnes s’accroupissent même par terre et retrouvent dans un brouhaha les réflexes de leur communauté. Bien différent est la Quine de Cudos en novembre 2002 où dans la salle des fêtes adossées à un bistrot, la population joue dans un silence religieux. Là aussi dans ce dernier cas, la collectivité se retrouve.

La Bourse, c’est bien différent, elle vise dans son idéal à être autonome (inverse de la dépendance) avec une “main invisible” régule le marché en trouvant un optimal (équilibre). Cette régulation serait produite par l’égoïsme des joueurs (inverse de la générosité). De plus, elle développe un modèle individuel (inverse de la collectivité). C’est pour cette raison que la Bourse prolifère sur le mode du jeu car, le système se veut autonome. Elle utilise le modèle du jeu animé par des principes d’action collective, de dépendance et de générosité (c’est-à-dire de don et donc d’échange en déséquilibre) pour s’éprendre. Ainsi, dans un système comme la Bourse, le jeu se maintient lui-même. Le jeu a dans ce cadre pour fin lui-même.

A ce titre, le nombrilisme boursier n’a rien de local et ne peut s’exprimer que dans une démarche globale. Il est assuré que toute démarche d’économie locale qui viserait à s’appuyer sur la Bourse ira vers des désillusions futures. L’économie locale vise à ce que les hommes et les femmes ne soient plus les acteurs et les actrices d’une mise en scène théâtrale et ludique du quotidien, elle ne crée pas de distinction entre personnalité réelle et personnalité virtuelle, elle n’est pas une globalité du monde créant des individus uniformes et standards. L’économie locale exprime d’abord la diversité dans le quotidien; les hommes et les femmes étant des personnes avec des visages et des noms. L’économie locale ne produit pas une caricature théâtrale des hommes, puisque le théâtre est sur les planches joués par des comédiens et non dans le quotidien. Le jeu retrouve sa place de maintien, non de lui-même, mais du vivant parce que dans la localité, il exprime la diversité et non la globalité de quelques élites.>>

 

<< Voir le texte intégral : La Société de Jeu >>


jeudi 13 janvier 2022

Vivre! Mon plaidoyer pour la vie

Quand la Réhabilitation de nos Institutions 
passe par la liberté

Quel que soit le langage que nous utilisons, les sophismes, les formules de communication, la mauvaise foi, jamais un laissez-passer ne sera synonyme de liberté, une contrainte reste une contrainte, elle sera toujours le contraire de la responsabilité qui a pour base la confiance.

Un laissez-passer aura toujours pour vocation de trier, de diviser et de séparer car, ne contraint que celui qui a peur, que celui qui sent le pouvoir lui échapper, et qui voit dans la menace une façon d’exister, qui voit sous ses yeux les hommes décider par eux-mêmes de leur destin.

Ne cherchez pas de génie politique quand il n’y en a pas, quand les actes n’ont que pour but de retenir une transformation de notre monde qui a lieu malgré eux ; sortons de l’actualité quand ce qui nous appelle nous dépasse et travaille au plus profond de notre culture, la vie nous appelle, soyons vivant, la vie veut vivre, voilà sa force.

Face aux évènements qui ont vu un Etat essayer de plier un peuple, il est me semble-t-il important de rappeler que s’il existe des peuples sans Etat, l’inverse est peu probable. Que sans le peuple, l’Etat n’est pas, il en est une composante qui ne peut plus être ignorée et qui demande de réaffirmer quelques grands principes qui marquent jusque dans la protection de notre corps, le fait que nous sommes les dépositaires du pouvoir.

Vivre ! C’est cela, rappeler où est l’essentiel de nos vies, pour que nous puissions la construire ensemble sans que l’on vienne nous dire ce que nous devons penser. Nous sommes ce que nous sommes, notre liberté et notre égalité sont liées au simple fait de naître, nous sommes tous citoyens, et nous aspirons à la tranquillité.

Vivre ! Notre idéal ; naître et vivre libre ! Notre chemin ; réhabiliter nos institutions pour que cette volonté soit gravée en lettre d’or.

Nous voulons vivre [ VOIR LA SUITE DU TEXTE]

 

Le monde local et humaniste est une très jeune pouce qui n'a pas encore totalement éclos, qui appelle à grandir car elle vient du peuple lui-même sans que quelqu'un lui ait soufflé à l'oreille. Cette réhabilitation de nos institutions demande que chacun puisse faire sien d'un certains nombres de question pour rendre vivant cette expression sociétale.

Quel que soit le langage que nous utilisons, les sophismes, les formules de communication, la mauvaise foi, jamais un laissez-passer ne sera synonyme de liberté, une contrainte reste une contrainte, elle sera toujours le contraire de la responsabilité qui a pour base la confiance.

Un laissez-passer aura toujours pour vocation de trier, de diviser et de séparer car, ne contraint que celui qui a peur, que celui qui sent le pouvoir lui échapper, et qui voit dans la menace une façon d’exister, qui voit sous ses yeux les hommes décider par eux-mêmes de leur destin.

Ne cherchez pas de génie politique quand il n’y en a pas, quand les actes n’ont que pour but de retenir une transformation de notre monde qui a lieu malgré eux ; sortons de l’actualité quand ce qui nous appelle nous dépasse et travaille au plus profond de notre culture, la vie nous appelle, soyons vivant, la vie veut vivre, voilà sa force.

Face aux évènements qui ont vu un Etat essayer de plier un peuple, il est me semble-t-il important de rappeler que s’il existe des peuples sans Etat, l’inverse est peu probable. Que sans le peuple, l’Etat n’est pas, il en est une composante qui ne peut plus être ignorée et qui demande de réaffirmer quelques grands principes qui marquent jusque dans la protection de notre corps, le fait que nous sommes les dépositaires du pouvoir.

Vivre ! C’est cela, rappeler où est l’essentiel de nos vies, pour que nous puissions la construire ensemble sans que l’on vienne nous dire ce que nous devons penser. Nous sommes ce que nous sommes, notre liberté et notre égalité sont liées au simple fait de naître, nous sommes tous citoyens, et nous aspirons à la tranquillité.

Vivre ! Notre idéal ; naître et vivre libre ! Notre chemin ; réhabiliter nos institutions pour que cette volonté soit gravée en lettre d’or.

Nous voulons vivre [ VOIR LA SUITE DU TEXTE]

 


mardi 4 janvier 2022

Chercheur et Artiste

Oui, nous pouvons être plusieurs hommes à la fois, nourri par les lettres et les arts, par les sciences et le droit, j'aime aller de l'un à l'autre et créer dans ces différents domaines. Pierre-et-Julien quand je dessine, Xavier Pérez quand je cherche.

Le dessin est l'occasion d'aborder le monde comme un enfant, ou plus simplement à la façon de La Fontaine, et  je laisserais entendre à chacun ce qu'il souhaitera entendre derrière les histoires et les dessins, il y a tant d'interprétations possibles, ceux qu'ils veulent y voir qu'une histoire et une distraction ils le pourront, ceux qui préfèrent philosopher le pourront aussi. 

Rien n'est arrêté. 

N'hésitez pas à cliquer sur les onglets et les images à droite.

Où alors aussi ici pour retrouver Le Monde de Pierre-et-Julien avec Owl, les univers parallèles; Maître Julien L'Hippopotame; Les Babylones City; Le monde fabuleux de Chloé et pleins autres....  <<cliquez ici ou sur l'image >>



Pour voir mes interventions
rendez-vous sur ma chaîne YouTube
<< Xavier Pérez (Dr.) >> 


 

mardi 14 décembre 2021

Quand le droit nous transforme...

 

Bonjour,

Je souhaitais mettre en ligne sur mon blog l'article et la vidéo que j'ai réalisé sur le droit et sa capacité à réformer la société. Il était important de rappeler la portée de cette discipline.

 Aussi, le moment de rendre hommage à Montesquieu qui a bien montré comment avec l'Esprit de la loi, la réflexion sur le droit dépasse l'homme, qu'il y a un rapport au chose indépendant qu'il nous faut comprendre pour l'exprimer et être en phase avec son temps.

C'était aussi un moment de reprendre la distinction entre le privé et le public, et comment la notion de "bien commun" est en train de supplanter l'idée "d'intérêt général".

L'article : "A quoi sert le droit s'il ne permet pas de nous défendre?"

"En rendant un droit chaotique, et contrairement à ce que nous pourrions penser à première vue, les populations, ne se sont pas détournées du droit, elles le sollicitent encore plus car, cette discipline est, bien avant un moyen de se défendre, un principe de vie en commun, de faire société et permettre un certain rééquilibrage des rapports entre les personnes, les sociétés ou les groupes. 

Le droit parle aussi de l'homme au-delà de lui-même dans le sens où, certes, il y a le droit voté par les hommes, plus ou moins juste et justifiable, mais il y a aussi la valeur des choses en elle-même. 

Un laissez-passé ne sera jamais égal à la liberté, quoiqu'on dise, qu'on vote ou qu'on écrive. 

La force du droit est précisément ici pouvoir transformer la société même contre les volontés étatiques. La réflexion juridique a toujours été indépendante et doit viser avant tout le bien commun."

Xavier Pérez
Dr. en droit et sciences de l'éducation

 

mardi 30 novembre 2021

Avant même le QR code, la première cause d'insécurité est l'acceptation de la carte sim

Tout le monde est focalisé en ce moment sur le QR code car, il crée un monde déshumanisant à juste titre, d'ailleurs dès l'origine inventé pour gérer les stocks et leur transport. Mais, bien avant le QR Code, notre première cause d'insécurité et d'inhumanité a été lorsque nous avons accepté, sans même le savoir, la carte sim que tout le monde, y compris les plus révolutionnaires, a accepté.

C'est elle qui nous rattache au monde, elle détient votre numéro de téléphone et permet de vous connecter à internet sur de nombreux sites vitaux (banque, énergie, boite mail...) où tout passe par internet ou le téléphone, la moindre opération doit être confirmée. L'absence ou le chaos de la carte sim, vous exclus du monde.

C'est avec elle que tout a commencé, et il y a une vraie inquiétude surtout au niveau des numéros de téléphone qui sont souvent le sésame pour entrer dans vos espaces ou payer vos factures car, un numéro de téléphone ne vous appartient pas, vous ne le possédez qu'autant que vous le payez. Cette possession est un vrai problème de droit puisque le passage pour accéder à vos droits est payant de fait, et peut vous être retiré ou fermé ; alors même qu'en droit immobilier, à titre d'exemple, le droit de passage est garanti et date du moyen-âge alors qu'il ne l'est pas en droit du numérique ou de la citoyenneté.

En terme simple, nous vivons dans un monde très fragile où tout dépend d'un numéro de téléphone, contenu et accessible par une carte sim. La moindre défaillance et c'est l'avarie.

Nous sommes aujourd'hui pieds et poings liés. Il faudra dans l'avenir soit devenir propriétaire de son numéro de téléphone ou sortir de ce système, que nous connaîtrons de toutes les façons, avec l'effondrement de la technique.

vendredi 26 novembre 2021

La sécession ou la théorie de la renonciation


Face aux attaques répétées du monde néolibéral contre les populations, la volonté est forte de vouloir faire sécession avec ce monde, de se dire qu'il est finalement mieux de construire en parallèle un monde dans lequel nous serions autonome et où nous n'aurions plus besoin du monde officiel. Si en théorie cette vue est plaisante, si en effet, certaines personnes l'appliquent ou tentent de l'appliquer, il demeure une question de fond : en quoi nous devrions refuser de vivre dans le monde simplement parce que certains cherchent à le rendre invivable? Ce monde-là n'est-il pas le notre aussi ?

Cette question me semble d'autant plus importante qu'au regard de l'histoire, les sécessions ont finalement souvent été l'objet de guerre car, à plus ou moins brève échéance, les deux mondes qui vivent en parallèle, finissent à une confrontation.

La raison en est malheureusement simple, le monde officiel veut toujours dominer et rattrape, souvent par la force et la violence, le monde parallèle ou alternatif qui est finalement une défiance à son autorité.

Dans l'absolu, en cherchant à éviter l'affrontement, on finit par le trouver. « On rencontre souvent son destin en voulant l'éviter ».

Il y a donc bien une volonté de théoriser la renonciation au monde dans l'idée de sécession, renonciation qui demande d'être expliquée et de nous rassurer sur notre décision de ne plus vouloir faire face à l'adversité.

Parce que oui, c'est difficile, oui cela fait souffrir, mais nous devons alors nous rappeler de l'histoire, de la grande histoire, et voir comment les résistants n'ont jamais renoncé, ils n'ont jamais cherché à faire sécession car, ils savaient au fond de leur cœur que le monde qu'on voulait leur imposé n'est pas le vrai monde, n'est pas légitime, que la légitimité était de leur côté, et que le temps allait leur donner raison.

C'est ce que nous appelions l'honneur et la grandeur, deux mots qui peuvent paraître dérisoire aujourd'hui, mais qui ont pourtant construit l'histoire.

N'oublions jamais qu’Éros triomphe toujours de Thanatos.

vendredi 5 novembre 2021

La société de jeu, de la métaphore à la réalité

Texte rédigé en 2004, mise en forme en 2021, à la fin de mon séjour au MNHM (Musée de l'homme) où j'étudiais les cultures du Grand Nord. Période riche sur tous les plans, et l'idée que le jeu, cette activité jugée insignifiante conservait en sa pratique les fondements d'une culture en train de mourir. 

Vient alors pour moi la question que se passe-t-il quand le jeu englobe l'ensemble d'une société comme l'a fait le libéralisme, quand nous disons que nous sommes tous des acteurs qui jouent des rôles, où est la limite, quelles échéances attendre d'une telle société?

<< VOIR LA SOCIÉTÉ DE JEU>>

Le vent a emporté ma parole, homo autocriticus

 

Lorsque nous comprenons que ce que nous avons créé va mourir avec nous, nous avons un tout autre regard sur ce qui nous entoure. Les heures deviennent des secondes et l’absurde même de toute cette recherche vient en nous, l’insignifiance de cette création aussi.

Le regard critique sur un monde qui devient insipide et qui attend un nouveau souffle qui ne pourra venir que lorsque l’ancien monde tombera. C’est alors comme une bête blessée, il se relève toujours, retardant toujours d’avantage la naissance de ce qui devrait suivre.

Il est assez étrange de voir tous ces échecs, tous ces projets qui n’ont pas pu aboutir, tout ce que nous croyions avoir et qui à la dernière minute s’envole, sans que nous ne puissions rien y faire. La culpabilité tombe sur nous, et tout ce que nous entendons nous y ramène, y compris ceux qui en apparence disent être bien veillant, les chamans de l’individualisme, « soyez l’acteur de votre existence », jeu que l’on nous demande de jouer, mais face à la réalité, cela fait bien longtemps que cherchant simplement à être moi-même se développe l’antithèse de l’acteur. Non, nous ne sommes pas des acteurs, et c’est à force de nous le faire croire que perdu en nous-mêmes, nous cherchons des vérités qui n’y sont pas.

Les échecs de ses années me ramènent à mes propres critiques, aux sourires hypocrites et les croyances toujours affligeantes de ses formations qui confondent simulation et réalité, décidément tout nous ramène à l’acteur et au jeu, mais un bon acteur n’a jamais été un bon professionnel, deux dimensions tellement différentes que j’ai encore du mal à comprendre comment nous pussions y déverser l’argent public pour financer ce simulacre.

Les dessins, les peintures, les images inventées, les histoires, les scenarios, les écrits et toutes ces heures passées à lire, prendre des notes, devenir le spécialiste d’une dimension qui visiblement n’intéresse personne car, nous ne visons pas la célébrité, non, juste de pouvoir continuer à connaître et à avoir un lieu pour partager cette connaissance, mais visiblement c’est trop, les réseaux ayant pris le pas sur le savoir, le concours sur la compétence, et nous dans les limbes de notre espoir, l’avenir se ferme et nous savons que notre œuvre va mourir avec nous.

Pourtant, cet œuvre, lorsque nous voyons l’actualité, lorsque nous voyons les évolutions de notre époque aurait trouvé sa place sans difficulté, elle va finalement rejoindre les oubliettes et disparaitre quand le papier qui compose son support disparaîtra. Je ne sais pas pourquoi cela n’a pas vu jour, je ne sais pas pourquoi les chemins ne se sont pas ouverts, l’espoir me quitte, et je continue malgré tout, perdu en moi, étranger à ma propre patrie, je repense incrédule que les seules qui m’ont fait confiance son des étrangers, les seules qui m’ont permis de rester debout dans mon propre pays, leur vouant ma reconnaissance pour l’éternité.

Le vent a pris ma parole, les mots s’envolent, et la croyance qu’un discours pouvait changer le monde avec lui, l’idée naïve, à force d’écouter et lire les tribuns, que de simples mots prononcés avec conviction et don de soi pouvait changer le monde. Si cela fut vrai un temps, il en est plus rien aujourd’hui à l’heure d’internet, où tous les discours se valent, où le « succès » du matin est différent le soir même.

J’ai beau regardé, il ne me reste dans l'absolu presque plus rien, juste l'essentiel et l'amour des miens, le vent a beaucoup pris, même les derniers espoirs s’envolent avec lui. L’échéance est malheureusement connue, elle arrive, elle est là.

Comme une poésie, je me souviens alors de ce texte « la société de jeu » que j’avais écrit et où j’avais indiqué cette différence entre société de jeu et société du jeu, binarité non absolue, mais relative, elle avait surtout une existence explicative.

Ecrivant ceci et préfigurant bien de mes recherches futures, nous étions alors en 2004 :

« (…) la société de jeu se distingue de la société du jeu où jeu et quotidien sont séparés. Dans ce dernier, la mesure est dans le quotidien et la démesure dans les jeux. Elle ne cherche pas l’émulation perpétuelle et éternelle. Si la société de jeu est une société de survie alors qu’elle a pour vocation de créer l’abondance (la profusion des richesses), c’est précisément parce que cette abondance est fragile, elle se base sur une émulation continue, sans repos possible; ayant pour fin elle-même et excluant tout ce qui empêche cette croissance. Sa survie dépend de l’émulation.

Il en est bien différemment de la société du jeu où son vécu s’ancre dans le quotidien et où la personne se doit d’avoir des liens et un visage. Le jeu est ici une stimulation occasionnelle, il ne domine pas et se structure avec tous les autres éléments d’une société, cette dernière n’est pas fragmentaire.

C’est exact qu’une société du jeu crée moins de concentration de richesse qu’une société de jeu, qu’elle est moins abondante en surplus et moins prolifique en ajout et se base plus sur la répartition des richesses, mais il est vrai aussi qu’elle est moins fragile, elle ne fonde pas son vécu sur la fragilité d’une émulation perpétuelle (croissance). La société du jeu est moins obnubilée par l’accumulation et la concentration de richesses. C’est pour cela qu’elle est plus stable (plus équilibré entre ces différentes composantes) alors que la société de jeu désir la richesse et en perd beaucoup car, elle ne la redistribue pas. »

Je vois ainsi tout le piège de la critique aujourd’hui, celle de nous laisser sur place, espérant secrètement à la façon d’un Senancour ne rien savoir du tout et aller insouciant, devant subir chaque jour un peu plus l’absurdité d’un monde qui a défaut d’accepter la réalité, joue à la façon d’un acteur, une pièce de plus en plus incompréhensible.

Et bien contrairement à ce qui puisse être dit, bien plus cohérent et logique dans ma démarche, je constate simplement la voie sans issue qui devra se fissurer...

 


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