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Si
le monde change, ce ne sera ni pour l’écologie, ni même pour le
social, mais bel et bien pour recréer des liens qui ont disparus et
qui permettaient à un maximum de personnes de vivre correctement sur
son territoire et de faire communauté.
Quel
que soit la gravité de ce que nous vivons, les hommes ne bougent que
lorsque leur imaginaire commun dessine un horizon visible, donnant un
sens à leur geste, à leur don, à leur existence.
Les
hommes changent quand la volonté de faire du lien n’est plus
suffisamment fédérateur, quand dans la société chacun est
étranger à son voisin, quand la solitude a atteint un tel niveau
qu’il n’y a plus comme solution que de se mettre en mouvement.
C’est
bien le lien qui amène à l’union, à l’appartenance à une
communauté, à un territoire car les hommes ont toujours été des
êtres de territoires, même quand ils sont nomades, c’est la terre
qui fait le lien, crée les valeurs, lie les hommes entre eux, donne
ce sentiment d’appartenance, aussi différent soit-on, le lien est
primordial et le changement n’arrive que lorsqu’il risque de
disparaître.
Nous
ne parlons pas d’évènements du grand soir, mais bel et bien d’un
processus lent et silencieux, irrémédiable.
Le
Quatrième Pouvoir dont nous nous assignions à discuter et montrer
l’existence, et celui-ci, celui du lien fédérateur, existant avec
ou sans État.
Le
lien sans lequel rien n’existe.
Beaucoup
de théories, concepts et discours ont été élaborés pour
expliquer ce qui faisait l’unité d’un pays ; successivement
nous avons parlé de la langue, du territoire, de l’appartenance
religieuse, culturelle, de la volonté ou du désir de vivre
ensemble ; mais au final, rien de toutes ces explications n’est
totalement satisfaisante comme si quelque chose nous échappait.
J’ai
souvent pensé à cette question, et j’en suis arrivé à la
conclusion que ce qui fait l’unité d’un pays est autant ce qui
le rassemble que ce qui le divise, que finalement la dispute, la
division, la diversité, la pluralité sont autant de raison d’être
ensemble que la bonne entente. Aussi paradoxalement que cette vision
peut être, les mêmes choses qui rassemblent sont les mêmes choses
qui divisent. C’est pourquoi, j’en suis arrivé à la conclusion
qu’une société fait corps, s’unit quand elle a compris qu’elle
va disparaître ou qu’elle peut disparaître.
Alors,
il est possible de parler du lâcher prise et du lien. Aucun lien ne
peut être activé si en parallèle nous ne lâchons pas prise de nos
attaches ; et c’est pour ce fait que tant que les Français
resterons attachés au cartésianisme, tant qu’ils croiront qu’ils
faut souffrir pour apprendre, tant qu’ils croiront en l’ordre et
en la discipline centralisatrice, à l’État militaire, aucun lâcher
prise ne sera possible, et aucun nouveau lien salvateur ne pourra
être créé, et donc notre destinée est connue. Car chaque peuple a
son destin dans ses mains, ce ne sont pas les dirigeants qui
choisissent, ce sont les peuples. Les chefs d’État ont l’illusion
du choix tant que les peuples restent dociles, mais l’histoire l’a
montré et démontré, il n’y a aucun peuple qui ne va là où il
ne veut pas aller, ou là où il a renoncé de s’affirmer. Quand
ceci arrive, c’est que tout simplement, sa culture a disparu. Nous
choisissons collectivement notre trajectoire et donc nous sommes en
capacité de réactiver des liens, à une condition que l’on
abandonne des schémas culturels de penser que nous avons cru nôtre.
D’où
cette analyse sur le Quatrième Pouvoir, celui qui fait lien, le
pouvoir régulateur.
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