lundi 26 juillet 2021

Le fait et la réalité

Une attitude m'a profondément marqué en notre époque, c'est la façon dont nous nions les faits, la preuve et la réalité.
 

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il existe un mouvement scientifique qui remettaient en avant l'idée simple, et que nous aurions pu croire acquise, de la « science par la preuve ». Car, souvent nous mélangeons réalité et vérité ; un fait est souvent unique alors que son interprétation qui nous a amené à une vérité peut être multiple. L'enjeu de la science n'est pas tant la vérité que la réalité ; or, c'est cette dernière qui est niée.

Comment alors dégager des interprétations vraies si la base est niée et faussée ?

La négation de la réalité est constatable dans toutes les disciplines ; en santé avec le refus d'utiliser des médicaments qui fonctionnent et alors même que leur posologie et leurs effets secondaires sont largement connus depuis plus de cinquante ans ; en écologie, où le dogme militant finit par faire construire des usines à gaz pour produire de l'électricité ; en économie, en vivant sur une dette que l'on croit infinie ; en physique, à la recherche de la pierre philosophale énergétique pour remplacer un pétrole finissant, en niant simplement notre dépendance de la matière et notre impossibilité de créer de la richesse autrement qu'en exploitant les ressources terrestres épuisables.

Les sujets sont nombreux et nous ramènent à la même problématique : nous sommes dans un monde où nous devons prouver que l'eau mouille, à un point tel qu'on peut être aujourd'hui mis en danger quand on est scientifique et que l'on veut simplement décrire la réalité, parler des preuves... mais comme dit le vieil adage : chasser la nature, elle revient au galop... personne n'échappe à la réalité et surtout pas celui qui la refuse. 

 

Multiple et indivisible

Une République qui se déclare une est forcément divisible, et c'est d'ailleurs à ce que nous assistons puisque ce qui est un est cassable alors que, contrairement à ce que l'on pense à première vue, ce que l'on déclare multiple est de fait indivisible puisque les cassures sont déjà intégrées, elles ont déjà eu lieu et pourtant l'unité globale a été conservée.

Face à la division culturelle de notre pays, la République a décidé de se déclarer une, sauf que malgré elle, les réalités culturelles persistes. Nous assistons notamment aujourd'hui à des divisions administratives artificielles qui font l'objet d'une décentralisation pour acquérir une identité locale, mais ces divisions ne restent pas moins, pour la plus part, artificielles. 

Quand on pense au « Périgord » que nous avons baptisé pour une grande partie « Dordogne », nom du fleuve ; au « Pyrénées Atlantiques  » qui regroupe le Pays-Basque et une partie du Béarn, Nantes enlevé à la Bretagne, on perçoit que ces division pourtant datant de la Révolution n'ont toujours pas enlevé les anciennes dénomminations.

Au final, à titre d'identité, nous avons des départements qui portent des noms de fleuves. Nous pouvons aussi citer le « Lot-et-Garonne », la « Loire », les « pays de Loire », la « Seine », « Rhône Alpes » (ou de montagne)...qui a profondément déstructuré le pays où les territoires, sans pour autant supprimer les appartenances ancestrales comme, à titre d'illustration, le « Vercors », la « Camargue », l' « Alsace ». Loin d'être oubliées, ces identités perdurent malgré tout et redeviendront tôt ou tard la seule et véritable division administrative territoriale d'une terre humaine en lieu et place des départements et régions avec leur découpage arbitraire. 

Régions, dont les noms sont devenus tragi-comiques, "Haut de France", "Nouvelle Aquitaine" (jusqu'à quand sera-t-elle nouvelle?), "Grand Est", marque une déstructuration garantie dont l'abstention record aux élections en est un triste révélateur. 

La division territoriale est essentielle car, elle marque l'attachement de tous à son territoire et de tous les territoires à la France, à ce pacte qui nous fait vivre ensemble, non dans la contrainte, mais dans un projet commun qui a pour base la liberté et l'égalité, la possibilité de gérer notre terre directement et d'être protégé contre les pressions d'un monde économique puissant, le pacte de gérer par nous même notre territoire « multiple et indivisible », la reconnaissance de cette diversité est la condition de notre unité.

La Nature et la Nation

Voilà un sujet, l'environnement, qui fait aujourd'hui couler beaucoup d'encre entre ceux qui en ont fait leur propriété et les autres qui le rejettent tout bonnement. Mais, disons le d'un trait, ces deux attitudes envers la Nature sont les deux phases d'une même réalité. Cette réalité d'une économie de marché bicéphale qui se fissure de toute part aujourd'hui continue de s'affronter pour un dernier round sur le champ de la nature, que l'on appelle indifféremment ces derniers temps « environnement », « écologie », « climat » sans établir réellement de distinction entre tous ces termes. 

Nous nous apercevons bien que l'environnement est devenu bien plus un argumentaire politique (ou de business) qu'une réalité par ceux-là mêmes qui le promulguent. Il est intéressant de noter comment les uns comme les autres véhicules l'environnement par la contrainte, les taxes, les règles et autres interdictions pour les uns, dénonciation pour les autres. Dans les deux attitudes, il y a une même victime, la Terre car, les uns comme les autres ne veulent pas voir une réalité qui s'impose à nous, la matière n'est pas infinie, la Terre s'épuise et notre modèle économique actuel en dépend en totalité. 

Avec la technologie verte, c'est bien ce monde qui veut fermer les yeux sur cette réalité et accélère sa dégradation. Car, contrairement à ce que nous pensons couramment, c'est bien l'homme qui a besoin de la nature, même si nous rêvons d'en modifier les règles, alors que c'est plutôt nos lois économiques que l'on devrait changer. Il n'y a pas d'opposition entre Nature et Nation car, la réalité qui nous arrive s'impose à tout le monde d'une façon identique.

La question de la nature, c'est celle de la matière qui va appeler à gérer les territoires à un niveau culturel cohérent, une nouvelle division territoriale, moins grande, soucieux de l'histoire de ces territoires, qui ne correspond absolument pas aux divisions actuelles. 

Si la Nation veut survivre, elle devra redevenir le point d'unité d'une multitude de territoires qui auront en commun la volonté d'agir ensemble, et seule la libre entente, et le niveau d'authenticité démocratique le prouve : une sorte de république des provinces unies, permettant à chaque territoire d'avoir l'unité culturelle suffisante pour gérer concrètement l'environnement. 

C'est pourquoi, il n'y a jamais d'opposition Nature / Nation car, nous parlons de deux niveaux différents qui se réunissent par l'action impulsée au niveau local.

samedi 24 juillet 2021

Liberté et spiritualité

 "Christ nous a placé dans la liberté en nous affranchissant;
demeurez donc fermes" (Galates 5.1)

" Là où est l'Esprit Saint du Seigneur, il y a la liberté" (2 Corintiens 3.17)

jeudi 24 juin 2021

Quand l'idée de « progrès » laisse la place à l'idée du « moment présent »

Nous ne vivons plus la fin d'une époque, nous avons changé d'époque et ce détail fait toute la différence aujourd'hui car, ce qui pouvait être une réalité future est actuelle, sauf qu'il y a un bémol. Si en effet, les populations ont changé d'époque, ont tourné la page de l'histoire, ont clos un chapitre, nos structures, nos administrations, nos économies, nos dirigeants sont restés bloqués dans l'ancienne époque, créant une impossibilité de communiquer entre deux mondes étrangers l'un à l'autre, l'un qui disparaît inexorablement, et l'autre qui est déjà et va s'imposer quoiqu'il en soit. Mais que sont-ils ?

Personnellement, je l'ai résumé dans une conférence que j'ai nommé « Terre naissante, L'histoire d'une humanité qui veut continuer à vivre libre... », titre évocateur puisque précisément, cette fin d'époque est celle d'un très long processus qui a démarré bien avant notre siècle. C'est la raison pour laquelle je parle d'époque, et non de « siècles » ou d '« ère ».

Il faut avoir en mémoire qu'au début la Terre apparaissait pour les hommes comme immense, voire infinie, et que c'est la découverte de ses limites, le franchissement de ses horizons qui a fait changé la conception du monde des hommes, face à une Terre qui devenait de plus en plus petite, ils lui ont substitué un élément qui leur a apparu infini, « l'homme lui-même », c'est la découverte du « Moi », du « cogito », de la « conscience », du « génie créateur », nous sommes devenus alors notre propre centre.

Mais, comme je le dis nous parlons d'un très long processus.

Pour aller à l'essentiel, de là est né l'idée d'une progression de l'homme capable de transgresser les limites, et de par ses découvertes de faire que chaque génération qui suit vivra mieux que la suivante, et cela a pu paraître vrai à certaine époque, selon le progrès technologique.

Nous sommes allés plus loin, plus vite, nous sommes devenus plus puissants à en oublier précisément la Terre, d'où nous venons, et les limites matérielles de cette dernière.

Il est vrai que l'idée de progrès à particulièrement cru ces dernières années depuis la fin de la seconde guerre mondiale, comme le sprint de ses derniers 100 mètres. Avec elle, évidemment, c'est l'idée d'individualisme qui s'est développée, d'homme seul, assisté de la technologie et n'ayant besoin de rien d'autre, la société s'est atomisée, chacun vivant de son côté et nos humanités s'arrêtent aux portes de nos jardins. Bien sûr en réaction à cet individualisme extrême, l'aide humanitaire s'est développé, mais ne doit pas cacher le mouvement de fond, l'homme, cet « animal social », qui vivait en groupe est devenu un être seul, une foule d'êtres solitaires.

Le confinement a été au bout de cette logique avec le « distanciel », « l'enfermement », les « gestes barrières », ne plus s'embrasser, éliminer tout geste d'amitié, et surtout considérer que chacun est devenu une menace pour l'autre. Comme un bouquet final, la santé dernier bastion de cette idée de progrès a montré toute son incapacité à lutter contre un virus, refusant les traitements d'anciennes molécules qui fonctionnaient, voulant absolument trouver le remède miracle issu du progrès technologique. Or, dès premiers résultats, l'idée d'un vaccin salutaire s'effondre, même devient au fil des résultats une menace, et petit à petit, c'est l'idée même de vaccination qui s'effondrera face aux résultats d'une modernité impuissante et contre productrice.

Car, l'idée de progrès ne se constate plus dans la société, l'idée simple que les générations vivront mieux que les suivantes ne se vérifie pas, la Terre se dégrade, on parle de la « fin de l'économie pétrole », et cette science qui devait proposer autre chose de mieux pour que nous gardions notre niveau de développement y est tout simplement incapable, toute personne honnête le constate, et c'est ainsi que cet homme qui refusait les limites de la Terre, croyant qu'en devenant le centre, l'infini lui était ouvert, finit par rencontrer sa propre finitude, se rappelant que quoiqu'il fasse, il n'est ce qu'il est que parce qu'il y a une Terre.

Il faut dire que tout dans notre pays c'est organisé autour de l'idée de progrès, l'éducation, l'administration, l'industrie, le travail et l'expression politique avec cette idée des partis du progrès face aux partis plus conservateurs, rien n'y a échappé, sauf que maintenant plus rien n'y correspond, nous vivons donc dans une structure hors sol, abstraite, déconnecté du réel, ironie pour une époque qui prétend vivre dans l'hyper-connection d'internet, dans une bulle...

Face à l'impossibilité de se projeter dans le temps, les hommes ont commencé à investir leur espace, le « moment présent », abandonnant le « futur » pour le « présent », ce sont toutes les pensées de la « pleine conscience », de « l'ici et du maintenant », de la gestion raisonnée de notre Terre, d'une certaine forme de décroissance, face à l'incertitude du futur, nous avons cherché la certitude du présent. Nous avons vécu la fin de l'idée de progrès, et comme ce sont les couches les plus inférieures de la société qui l'ont subit en premier, ce sont les premières qui ont changé. Au fur et à mesure, chaque niveau permute jusqu'à aujourd'hui où l'ensemble de la société se transforme, sauf ses structures dirigeantes, les dernières à subir les difficultés du temps.

Nous devons écrire la synthèse d'une histoire qui a commencé par nous montrer les limites de la Terre, puis celle de l'homme, il faut donc composer avec les deux pour construire notre présent, infini qui tourne sur lui comme les cycles de la nature.

Intéressant de noter, que lorsque Claude Lévi-Strauss avait parlé des sociétés à histoire chaude, qui ont une relation à l'histoire linéaire, et des sociétés à histoire froide, qui ont une relation à l'histoire circulaire, évoquant par là les « sociétés sans histoire », beaucoup de chercheurs s'étaient mépris étant à l'époque dans un temps où l'idée de progrès arrivait à son paroxysme, mais forcé de reconnaître que nos sociétés à histoire chaude se refroidissent beaucoup, et passent inexorablement d'une économie de progrès à une économie circulaire.

L'abandon du futur pour le présent, du temps pour l'espace s'inscrit bien évidemment dans une histoire de l'humanité qui avait refusée de dialoguer avec la Terre, et qui va devoir y revenir. Je dis bien la Terre et non la seule nature, car il existe malheureusement une écologie politique qui ne voit le monde que dans l'ornière de la contrainte et de la sanction, alors même que l'orientation de nos sociétés vers le « moment présent » est exactement l'inverse, un monde qui doit conjuguer avec le dialogue, l'écoute, la discussion, le partage, la prise en compte de la Terre, d'une économie intégrée, la gestion raisonnée de nos ressources, la relocalisation des échanges ; enfin, vers où toutes les structures dirigeantes ne vont pas, mais devront y aller car, c'est matériellement que l'histoire d'une humanité qui veut rester libre en a pris le sens. 

Nous ne vivons plus la fin d'une époque, nous avons changé d'époque et ce détail fait toute la différence aujourd'hui car, ce qui pouvait être une réalité future est actuelle, sauf qu'il y a un bémol. Si en effet, les populations ont changé d'époque, ont tourné la page de l'histoire, ont clos un chapitre, nos structures, nos administrations, nos économies, nos dirigeants sont restés bloqués dans l'ancienne époque, créant une impossibilité de communiquer entre deux mondes étrangers l'un à l'autre, l'un qui disparaît inexorablement, et l'autre qui est déjà et va s'imposer quoiqu'il en soit. Mais que sont-ils ?

Personnellement, je l'ai résumé dans une conférence que j'ai nommé « Terre naissante, L'histoire d'une humanité qui veut continuer à vivre libre... », titre évocateur puisque précisément, cette fin d'époque est celle d'un très long processus qui a démarré bien avant notre siècle. C'est la raison pour laquelle je parle d'époque, et non de « siècles » ou d '« ère ».

Il faut avoir en mémoire qu'au début la Terre apparaissait pour les hommes comme immense, voire infinie, et que c'est la découverte de ses limites, le franchissement de ses horizons qui a fait changé la conception du monde des hommes, face à une Terre qui devenait de plus en plus petite, ils lui ont substitué un élément qui leur a apparu infini, « l'homme lui-même », c'est la découverte du « Moi », du « cogito », de la « conscience », du « génie créateur », nous sommes devenus alors notre propre centre.

Mais, comme je le dis nous parlons d'un très long processus.

Pour aller à l'essentiel, de là est né l'idée d'une progression de l'homme capable de transgresser les limites, et de par ses découvertes de faire que chaque génération qui suit vivra mieux que la suivante, et cela a pu paraître vrai à certaine époque, selon le progrès technologique.

Nous sommes allés plus loin, plus vite, nous sommes devenus plus puissants à en oublier précisément la Terre, d'où nous venons, et les limites matérielles de cette dernière.

Il est vrai que l'idée de progrès à particulièrement cru ces dernières années depuis la fin de la seconde guerre mondiale, comme le sprint de ses derniers 100 mètres. Avec elle, évidemment, c'est l'idée d'individualisme qui s'est développée, d'homme seul, assisté de la technologie et n'ayant besoin de rien d'autre, la société s'est atomisée, chacun vivant de son côté et nos humanités s'arrêtent aux portes de nos jardins. Bien sûr en réaction à cet individualisme extrême, l'aide humanitaire s'est développé, mais ne doit pas cacher le mouvement de fond, l'homme, cet « animal social », qui vivait en groupe est devenu un être seul, une foule d'êtres solitaires.

Le confinement a été au bout de cette logique avec le « distanciel », « l'enfermement », les « gestes barrières », ne plus s'embrasser, éliminer tout geste d'amitié, et surtout considérer que chacun est devenu une menace pour l'autre. Comme un bouquet final, la santé dernier bastion de cette idée de progrès a montré toute son incapacité à lutter contre un virus, refusant les traitements d'anciennes molécules qui fonctionnaient, voulant absolument trouver le remède miracle issu du progrès technologique. Or, dès premiers résultats, l'idée d'un vaccin salutaire s'effondre, même devient au fil des résultats une menace, et petit à petit, c'est l'idée même de vaccination qui s'effondrera face aux résultats d'une modernité impuissante et contre productrice.

Car, l'idée de progrès ne se constate plus dans la société, l'idée simple que les générations vivront mieux que les suivantes ne se vérifie pas, la Terre se dégrade, on parle de la « fin de l'économie pétrole », et cette science qui devait proposer autre chose de mieux pour que nous gardions notre niveau de développement y est tout simplement incapable, toute personne honnête le constate, et c'est ainsi que cet homme qui refusait les limites de la Terre, croyant qu'en devenant le centre, l'infini lui était ouvert, finit par rencontrer sa propre finitude, se rappelant que quoiqu'il fasse, il n'est ce qu'il est que parce qu'il y a une Terre.

Il faut dire que tout dans notre pays c'est organisé autour de l'idée de progrès, l'éducation, l'administration, l'industrie, le travail et l'expression politique avec cette idée des partis du progrès face aux partis plus conservateurs, rien n'y a échappé, sauf que maintenant plus rien n'y correspond, nous vivons donc dans une structure hors sol, abstraite, déconnecté du réel, ironie pour une époque qui prétend vivre dans l'hyper-connection d'internet, dans une bulle...

Face à l'impossibilité de se projeter dans le temps, les hommes ont commencé à investir leur espace, le « moment présent », abandonnant le « futur » pour le « présent », ce sont toutes les pensées de la « pleine conscience », de « l'ici et du maintenant », de la gestion raisonnée de notre Terre, d'une certaine forme de décroissance, face à l'incertitude du futur, nous avons cherché la certitude du présent. Nous avons vécu la fin de l'idée de progrès, et comme ce sont les couches les plus inférieures de la société qui l'ont subit en premier, ce sont les premières qui ont changé. Au fur et à mesure, chaque niveau permute jusqu'à aujourd'hui où l'ensemble de la société se transforme, sauf ses structures dirigeantes, les dernières à subir les difficultés du temps.

Nous devons écrire la synthèse d'une histoire qui a commencé par nous montrer les limites de la Terre, puis celle de l'homme, il faut donc composer avec les deux pour construire notre présent, infini qui tourne sur lui comme les cycles de la nature.

Intéressant de noter, que lorsque Claude Lévi-Strauss avait parlé des sociétés à histoire chaude, qui ont une relation à l'histoire linéaire, et des sociétés à histoire froide, qui ont une relation à l'histoire circulaire, évoquant par là les « sociétés sans histoire », beaucoup de chercheurs s'étaient mépris étant à l'époque dans un temps où l'idée de progrès arrivait à son paroxysme, mais forcé de reconnaître que nos sociétés à histoire chaude se refroidissent beaucoup, et passent inexorablement d'une économie de progrès à une économie circulaire.

L'abandon du futur pour le présent, du temps pour l'espace s'inscrit bien évidemment dans une histoire de l'humanité qui avait refusée de dialoguer avec la Terre, et qui va devoir y revenir. Je dis bien la Terre et non la seule nature, car il existe malheureusement une écologie politique qui ne voit le monde que dans l'ornière de la contrainte et de la sanction, alors même que l'orientation de nos sociétés vers le « moment présent » est exactement l'inverse, un monde qui doit conjuguer avec le dialogue, l'écoute, la discussion, le partage, la prise en compte de la Terre, d'une économie intégrée, la gestion raisonnée de nos ressources, la relocalisation des échanges ; enfin, vers où toutes les structures dirigeantes ne vont pas, mais devront y aller car, c'est matériellement que l'histoire d'une humanité qui veut rester libre en a pris le sens.

Vidéo sur le même sujet :


dimanche 18 avril 2021

<< Chacun s'isole dans son trou, s'écarte des autres, se cache, lui et son bien (...)>>

Extrait de l'ouvrage des Frères Karamazov de Dostoïevski qui expose bien l'idée d'atomisation de nos sociétés occidentales dont je parle assez fréquemment ...

"En effet, en ce siècle, tous se sont fractionnés en unités. Chacun s'isole dans son trou, s'écarte des autres, se cache, lui et son bien, s'éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence; il ignore, l'insensé, que plus il amasse plus il s'enlise dans une impuissance fatale. Car, il est habitué à ne compter que sur lui-même et s'est détaché de la collectivité, il s'est accoutumé à ne pas croire à l'entraide, à son prochain, à l'humanité et tremble seulement à l'idée de perdre sa fortune et les droits qu'elle lui confère. Partout, de nos jours, l'esprit humain commence ridiculement à perdre de vue que la véritable garantie de l'individu consiste, non dans son effort personnel isolé, mais dans la solidarité. Cet isolement terrible prendra certainement fin un jour, tous comprendront à la fois combien leur séparation mutuelle était contraire à la nature, tous s'étonneront d'être demeurés si longtemps dans les ténèbres, sans voir la lumière (...)" (Chapitre "Biographie du starets Zosime d) Le mystérieux visiteur)

dimanche 7 mars 2021

Critique de la doctrine générale du droit classique

Comme à son époque, mais surement avec moins de génie, quand Kant élabora sa "critique de la raison pure" remettant en cause les bases philosophiques de son temps, il est certainement venu le moment aussi pour nous d'élaborer, comme à son image en y intégrant la prise en compte des faits, une critique de la doctrine générale du droit classique.

Il faut pour saisir le travail colossal qui s'annonce à nous, de bien comprendre que les formes de production des théories juridiques sont de près ou de loin, attachées à un  pouvoir, et que leur remissent en cause annonce forcément un basculement du pouvoir dont nous mêmes, en sommes étranger.

Mise à part ceci, il faut néanmoins avouer que cette dernière année 2020, nous a montré de façon splendide une dissociation entre la théorie classique du droit et ses divisions(par exemple :public/privé, administratif/civil, intérêt général/ intérêt particulier ...etc.), et la réalité. Car, c'est peut-être ce qui caractérise le plus notre époque, l'anachronisme des formes institutionnelles dans laquelle elle se complet. 

Mais cette critique va de paire avec l'histoire et sa lente évolution où tout ce qui nous semble normal aujourd'hui, pourra paraître farfelu aux générations qui nous étudierons, ainsi va le temps...

Il n'en reste pas moins de constater que malgré les preuves indubitables et les faits, la théorie ou ce que nous appelons plus couramment la "doctrine" s'impose malgré nous, fait œuvre de décision envers et contre la réalité souvent, il est vrai, attachée au peuple, à ce que la personne vit en son quotidien et dont une instance vient lui apprendre que cette réalité vécue ne doit être comprise comme elle a été vécue, mais comme l'instance le conçoit. 

Avec l'élaboration de cette critique, nous sommes bien là dans une nouvelle conception du pouvoir qui ne se veut plus centraliste, mais "multipolaire", pour donner suite à mes travaux passés. 

Revenir à la preuve, là aussi, à l'image du mouvement scientifique de l'acceptation de la preuve, du fait, qui demande forcément à une remise en cause de nos habitudes, et c'est peut-être là le plus difficile. Accepter que chaque groupe dans la société peut produire une vision d'intérêt général est de fait une remise en cause de l'exclusivité des pouvoirs publics en la matière, et donc une remise en cause de l'idée même de l'unanimisme de l'autorité, entrainant là aussi des conséquences sur bien d'autres conceptions de notre monde.

Nous débutons donc ce travail, important me semble-t-il, si ce n'est pour les générations futures, et redonne de l'intérêt à penser des concepts que beaucoup croyaient acquis. 

Comme quoi rien dure jamais en ce monde....

mardi 9 février 2021

L'Etat Multipolaire, la montée d'un pouvoir citoyen

 

<< Télécharger L'Etat Multipolaire >> 

" (...) Cette mythologie du centre unificateur et de la neutralité territoriale vise à créer un territoire uniforme, un peuple uniforme et indifférencié. Mais, tout ceci comme je l’écris ce n’est qu’un discours, une mythologie, les distinctions sociales et territoriales sont d’autant plus présentes que le discours tente à les ignorer.

L’histoire que l’on se raconte nous explique qu’il y a un avant et un après la Révolution, alors même que la majorité des changements était déjà à l’œuvre dans la société, la Révolution a finalement réussi à les faire aboutir. Le centralisme, les Rois y pensaient mais n’y arrivaient pas, la réforme de la fiscalité de même, sortir de la société d’Ordre pour une société plus faussement indifférenciée était aussi en germe, les grands penseurs sur lesquels s’appuient toutes ces réformes ont vécus sous l’Ancien Régime, la justice administrative y trouve ses origines, l’agrégation y est née et avec elle l’idée des concours.

La fracture de la Révolution a été au final l’accomplissement des souhaits de l’Ancien Régime. Nous avons ainsi basculé dans un nouveau monde qui portait déjà en lui sa principale difficulté est que la France n’est pas centraliste, elle possède une multitude de pôles territoriaux, sociaux, culturels, politiques, elle est et a toujours été multipolaire". 

Xavier Pérez
Dr. en droit et Dr. en sc. de l'éducation

 


mercredi 13 janvier 2021

La Révolution et l'échec d'un grand reset à la française

Je copie ici un extrait du texte que je suis en train d'écrire pour résumer mes travaux de recherche sur les institutions. Je me suis laissé aller à une réflexion sur l'idée de "table rase" comme nous avons pu le connaître avec la Révolution de 1789 et comprendre les illusions derrière cette idée simple en apparence :

"Face à l’impasse fiscale de réformer le pays, le Roi décide donc de convoquer les Etats Généraux en 1789 pour engager les décisions nécessaires. Le résultat aboutit à une Révolution, la fin de la monarchie, le début d’une République fragile, vite remplacé par un Directoire, puis un Empire qui résout son besoin de finance en la nationalisant par la création de la Banque de France.

Mais, l’idée qui va dominer à la Révolution, est celle de la « table rase », une sorte de grand « réset » du passé pour le plus grand malheur de ses initiateurs. C’est donc dans un véritable salut public fiscal que les révolutionnaires réinventent le « fisc ».

Au début, l’idée est noble, il ne faut plus d’impôts indirects injustes et antidémocratiques, et pour se faire il faut tout raser sans distinction car, ce n’est pas seulement les dettes qui doivent disparaître avec un moratoire, mais le régime, les traditions, la religion qui doit être remplacée par de nouvelles fêtes, un nouveau baptême « républicain », un calendrier qui part de l’an zéro, celle de la Révolution de la France. Une véritable table rase.

On tourne la page et on recommence.

Sauf, que ce n’est pas aussi facile dans le sens où le passé s’accroche, les dettes effacées n’effacent pas les dépenses, et la guerre coûte chère. L’endettement revient alors très vite. Il faut alors improvisé avec une monnaie-emprunt, l’assignat, qui n’ira pas au-delà du Directoire, il faut alors prendre l’argent où il y en a, pense-t-on à l’époque, sur les biens de l’Eglise et chez les riches.

La table rase est une spirale, séduisante à première vue, elle nous entraine dans les travers de l’homme, celui de croire qu’il peut être Dieu à la place de Dieu, effacer l’ardoise et tout recommencer.

Mais, « on n’empêche pas un homme d’être le fils de son père », et c’est pour cette raison que l’idée de tout effacer ramène les privilèges par la fenêtre, là où ils étaient partis par la porte. Les propriétés en vente sont acquises par les riches qui deviennent alors encore plus riche, et ceux qui sont en exils, en définitif, ne le resteront pas si longtemps et reviendront récupérer une bonne partie de leurs biens à la Restauration.

Dans la mesure où la nature profonde du pouvoir est d’en abuser, et non pas comme nous croyons trop souvent d’en user, les hommes effacent le passé pour redistribuer un jeu de carte truqué ou lancer un dé pipé, et c’est exactement ce qui s’est passé.

Cette période devrait nous inspirer pour notre présent pour éviter précisément les erreurs du passé.

Alors, je pense qu’il est nécessaire de faire une digression importante pour l’histoire.

Face à une dette monumentale, et devenue incontrôlable, la tentation est grande de vouloir l’effacer, de la faire disparaitre par une simple convention se disant que si tout le monde est d’accord, elle disparait et nous n’en parlerions plus, et nous pourrions en profiter pour réorganiser le système au passage.

Cette idée simple au demeurant est tout sauf simple car, elle engage des millions (voire des milliards) de situations différentes, d’hommes et de femmes qui seront à terme victimes de cette idée puisque cette dette a avant tout pour origine l’imprévoyance des gouvernements qui comme nous l’avons dit ont abusé de leur pouvoir.

Il y a une grande illusion de croire qu’imprimer de la monnaie sur papier ou même de façon scripturale serait créer de la richesse, au contraire c’est créer un pont invisible sans aucune fondation, qui tôt ou tard s’effondrera.

Et, la table rase n’y change rien, dans la mesure où la raison de cet irréalisme économique, dans notre cas la société de surproduction et d’hyperconsommation, ne disparaitra pas avec un effacement des dettes, au contraire, si elles sont effacées, c’est pour nous permettre d’y retourner encore plus fort qu’avant.

Il y a me semble-t-il une vraie illusion dans cette idée de table rase, qu’ont vécu aussi les Révolutionnaires, celle de croire que nous pouvons inventer le monde par notre esprit, sauf que le monde est bien plus que nous-mêmes, est bien plus qu’une addition de rationalités.

La réalité n’est pas fixée par l’Homme, elle est fixé par la Nature et la Terre, appelons-là comme nous le souhaitons, le fait est que la Terre nous est donnée, nous ne la créons pas, nous la transformons certainement, nous aimerions la dominer comme nous souhaiterions dominer les phénomènes sociologiques et économiques, mais rien y fait, l’homme reste un homme, et rien de plus, et rien de moins.

Il peut effacer ce qu’il veut, ce ne sera qu’une opération de l’esprit, son passé le rattrapera quand même, il serait plus inspiré, d’y faire face.